A Chibok, l’enlèvement de Dapchi « rouvre la plaie » pour deux rescapées de Boko Haram

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Dapchi est loin de Chibok, Yagana Yamane et Saraya Amos n’y sont jamais allées. Mais lorsqu’elles ont appris que 110 jeunes adolescentes avaient été enlevées lors de l’attaque de leur école dans le nord-est du Nigeria, cela a réveillé en elles de douloureux souvenirs.

Il y a quatre ans, elles faisaient partie des 276 lycéennes kidnappées par Boko Haram: une tragédie qui avait ouvert les yeux du monde sur les terribles exactions commises par le groupe jihadiste au Nigeria. 

Avec 55 autres de leurs camarades, elles avaient réussi à s’échapper des camions qui les emmenaient dans la forêt de Sambisa, à la frontière avec le Cameroun.

Cette terrible nuit d’avril 2014 leur est revenue tristement en mémoire la semaine dernière.

« J’ai tremblé lorsque j’ai entendu que des filles étaient portées disparues après une attaque de Boko Haram à Dapchi (dans l’Etat de Yobe, à 275 km de Chibok, ndlr), a rapporté à l’AFP Yagana, qui a aujourd’hui 18 ans. « J’ai tout de suite su qu’ils les avaient prises avec eux ».

« J’ai pleuré parce que ça m’a rappelé que beaucoup de mes amies sont toujours entre les mains du groupe. Je me sens vraiment angoissée et très triste pour les filles de Dapchi parce que j’imagine ce qu’elles doivent traverser ».

Saraya de son côté, s’est mise immédiatement à prier, dit-elle, lorsqu’elle a entendu la nouvelle à la radio.

L’adolescente raconte que son coeur « se met à battre très vite » à chaque fois qu’elle entend parler de cette histoire, et que cela la ramène sans cesse à sa propre expérience. « Des images de cette nuit-là me sont revenues en mémoire, ce qui me ramène dans l’agonie que j’essaie depuis d’oublier ».

« C’est comme enfoncer un couteau dans une plaie qui commençait à se refermer », témoigne-t-elle.

– ‘Ils assassinent notre futur’ –

Le 14 avril 2014, Boko Haram, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » en haoussa, avait acquis une tragique notoriété internationale en attaquant le lycée de Chibok, entraînant une vague d’émotion mondiale sur les réseaux sociaux avec le mouvement « bring back our girls ».

Cet enlèvement de masse n’était pourtant pas un acte isolé. Selon l’Unicef, près de 1.400 écoles ont été détruites, des dizaines d’étudiants ont été égorgés et près de 2.300 professeurs tués depuis le début de l’insurrection au Nigeria en 2009.

Au total, le conflit a fait au moins 20.000 morts et 2,6 millions de déplacés au Nigeria.

Yagana et Saraya, ainsi que quarante autres survivantes de Chibok, ont pu poursuivre leur scolarité dans des régions moins dangereuses, à Jos ou Katsina (nord), grâce à un programme de protection mis en place par le gouvernement.

Diplôme en poche, elles sont aujourd’hui de retour chez elles. Yagana rêve de devenir médecin, et Saraya avocate. A condition qu’elles puissent accéder un jour à l’université, ce qui reste rare pour les jeunes des régions pauvres et reculées du pays.

Les autorités nigérianes et l’armée ne cessent de répéter que Boko Haram est « vaincu », et que le groupe n’a plus les capacités de mener de lourdes attaques, qui demandent une logistique importante. 

Mais ce nouvel enlèvement de masse, que le président Buhari a lui-même qualifié de « catastrophe nationale », réveille l’angoisse de revoir le pays s’enfoncer dans un conflit sans fin, même si le groupe islamiste armé ne contrôle plus de larges parties du territoire nigérian, comme ce fut le cas entre 2014 et 2015.

« Je suis furieuse et amère de savoir que les combattants de Boko Haram peuvent encore rentrer dans une école et embarquer des filles, comme s’ils étaient au marché », confie Yagana. « Je pensais qu’après le drame de Chibok, ils ne pourraient plus jamais faire ça ».

« Je demande au gouvernement de faire tout ce qu’il peut pour libérer ces filles, et aussi celles qui ont été enlevées il y a quatre ans. Ces gens-là assassinent notre futur », dénonce-t-elle.

Dans une vidéo diffusée mi-janvier par le groupe jihadiste, 14 lycéennes présumées de Chibok, vêtues de longs hijabs bleu ou noir, affichant des visages fermés, les yeux baissés vers le sol, affirmaient qu’elles avaient été mariées par le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, et qu’elles ne reviendraient jamais chez elles.

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