Africités : à Marrakech, l’ombre de Khalifa Sall plane sur le sommet des villes africaines

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Il n’est pas certes pas présent au rendez-vous, mais l’ombre de Khalifa Sall, ancien maire de Dakar, a plané durant la cérémonie d’ouverture, mardi 20 novembre, du 8e sommet «Africités» qui se tient jusqu’au 25 novembre à Marrakech, la capitale touristique du Maroc. Jusqu’à ses déboires judiciaires, l’ex édile de la capitale sénégalaise assumait, en effet et depuis 2018, la présidence de l’association des Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLU Afrique), le rassemblement des villes et territoires locaux du continent qui a tenu à lui rendre hommage à l’occasion de ce sommet, qui coïncidait avec son 20e anniversaire. C’est à Patrick Tau, ancien maire de Johannesburg et président mondial de CGLU, très proche de Kahlifa Sall, qu’est échu le soin de rappeler tout l’engagement dont a fait preuve l’ancien maire actuellement incarcéré, pour le rayonnement de l’Association. Il a été ensuite suivi par, l’actuel maire de la capitale sénégalaise, Soham El Wardini, qui assure la présidence par intérim de CGLU Afrique, et qui a aussi tenu à rendre hommage à celui dont elle fut l’adjointe à l’hôtel de ville de Dakar.

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Passés ces moments de solennité, les participants au sommet Africités sont passés au vif des activités, avec plusieurs interventions qui ont marqué la cérémonie d’ouverture et à travers lesquelles, le ton a été donné. Du ministre marocain de l’intérieur, Abdelouafi Laftit, à Mohamed Boudra, président de l’Association marocaine des présidents de conseils communaux (AMPCC), Mohand Laenser, qui préside celle des Régions du Maroc, ou au maire de Marrakech, Mohamed Larbi Belcaïd, tous ont mis l’accent sur les enjeux et les défis contemporains des collectivités locales et territoriales d’Afrique, dans le développement du continent. Des défis et des enjeux que l’universitaire, écrivain et économiste, sénégalais Felwine Sarr, a mis en exergue lors de l’allocution inaugurale du sommet qu’il a prononcé, et qui expliquent en grande partie et comme l’a rappelé, Jean-Pierre Elong Mbassi, le secrétaire général de CGLU Afrique, le choix du thème principal du sommet de Marrakech. Cette année, c’est sous le thème, «La transition vers des villes et des territoires durables: le rôle des collectivités territoriales d’Afrique», que se tient le plus grand rassemblement panafricain des villes et collectivités territoriales, un événement qui se tient tous les trois ans, et dont la précédente édition s’est tenue en 2015 à Johannesburg en Afrique du sud. Dans son discours d’ouverture, la présidente de la CGLU a d’ailleurs tenu à souligner l’importance de l’évènement, celui de définir, «l’Afrique que nous voulons, à partir de ses territoires et dans le respect de ses diversités». Pour la maire de Dakar, les problèmes dont souffrent les cités africaines, «doivent trouver leurs solutions d’abord et avant tout en Afrique et plus particulièrement au niveau des collectivités territoriales africaines», avant de faire observer par la même occasion que «la transition vers une voie de développement plus durable est devenue une exigence existentielle». Selon Soham El Wardini, l’Afrique deviendra, en effet, le foyer humain le plus important au monde dans moins d’une génération, avec surtout des jeunes africains qui vont représenter dès 2050, près de la moitié des jeunes du monde de moins de 30 ans.

«Nous sommes déterminés à travailler à l’émergence d’une Afrique réconciliée avec son humanité, puisant dans son immense réservoir culturel pour reconstruire des sociétés respectueuses des droits de tous et de chacun comme les droits des générations futures.  Les gouvernements locaux et régionaux veulent une Afrique qui tourne le dos au comportement écologiquement irresponsable et socialement injuste au profit d’une Afrique respectueuse des équilibres de la nature», a déclaré Soham El Wardini, maire de Dakar et présidente par intérim de CGLU Afrique.

Le ministre marocain de l’intérieur a lui plaidé sur la nécessité de renforcer la coopération décentralisée, notamment dans le cadre de la coopération sud-sud, tout en rappelant l’engagement du Maroc et du roi Mohammed VI, à conforter cette dynamique sur laquelle le Royaume, fort de son expérience en la matière, s’est déjà engagée avec plusieurs pays.

«La coopération décentralisée est devenue un outil efficace de dialogue et de communication entre les élus et les acteurs locaux de manière à permettre de tisser des relations distinguées, d’échanger les expériences et de traiter des questions du développement intéressant la population, notamment les collectivités territoriales qui sont les responsables d’offrir des services de proximité aux citoyens», a souligné, Abdelouafi Laftit, le ministre marocain de l’intérieur.

Dans le même ordre d’idée, le maire adjoint de la ville japonaise de Yokohama, Kasumi Kobayashi, qui était présent au sommet, a intervenu à la tribune pour souligné l’ambition de sa ville de travailler avec l’Afrique, pour réaliser les objectifs du développement durable, en mettant singulièrement l’accent sur l’importance du développement des capacités humaines pour atteindre les objectifs escomptés.

Un sommet pleins de promesses

L’édition 2018 du sommet Africités s’est particularisé par une affluence record avec près de 5000 participants dont plus de 3 000 élus présent à Marrakech, ce qui pour la CGLU Afrique, témoigne de sa maturité, et surtout de la pertinence d’une cette plate-forme de dialogue panafricain, selon les mots de Parks Tau, le président de l’organisation mondiale des cités et gouvernements locaux unis. Durant les cinq jours de travaux, ministres, maires et élus locaux, ONG et partenaires financiers et techniques au développement, vont ainsi échanger sur les voies et moyens de discuter ensemble des voies et moyens qui devrait permettre de «de répondre aux défis complexes auquel est confronté le continent africain, notamment en matière d’immigration, de climat ou de révolution industrielle», a souligné celui qui préside également l’Association des Association nationale des collectivités  locales d’Afrique du sud (SALGA). Le sommet a aussi enregistré la présence massive de responsables d’administrations centrales, des représentants du monde économique, financier et associatif, des organismes de coopération, ainsi que celle, «nombreuse et motivée», selon les organisateurs, des maires venus d’Asie, notamment de chine et du Japon. Plusieurs invités de marque, notamment, Catherine Samba-Pandza, l’ancienne présidente de la République de Centre Afrique (RCA), et ex maire centrale de la capitale, Bangui, ont aussi rehaussé de leurs présences, l’évènement.

En marge du sommet, se tiennent également le Salon international des villes et territoires d’Afrique, avec plus de 200 exposants sur les différents secteurs d’activités liés aux services urbains et aux besoins du marché des collectivités territoriales, ainsi que la Bourse de projets et de partenariat. Cette dernière initiative lancée lors de la précédente édition de Johannesburg, est destinée selon les organisateurs, «à proposer aux congressistes, notamment les villes et collectivités territoriales, porteurs de projets à la recherche de partenaires d’ingénierie, d’assistance technique, de formation, de fourniture d’équipements et de service, d’investissement et de financement ; ainsi qu’ aux exposants ou partenaires potentiels, de se donner rendez-vous sur le Salon pour échanger sur leurs projets et conclure des accords de collaboration». Plusieurs sessions consacrées à diverses problématiques engendrées par a forte explosion démographique qui s’accompagne d’une urbanisation galopante, sont prévus durant les travaux. Des rencontres d’échanges d’expériences ainsi que des débats sur les meilleures pratiques en matière de gestion des villes et des territoires ont été aussi animés par d’éminents experts.

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En attendant des financements, s’affranchir de trop de tutelle

Le Sommet Africitiés est aussi l’occasion pour les élus locaux de réfléchir sur les relations entre les collectives locales et territoires décentralisés, ainsi que les voies et moyens de redéfinir leurs relations avec les pouvoirs centraux. Il s’agit d’un double enjeu car ces derniers temps, la montée en puissance de certains édiles n’est pas sans créer des tensions avec les autorités politiques, sur fonds de calculs politiciens maquillés par des dossiers judicaires. C’est ce que à demi-mot, évoquent certains maires qui s’appuient sur plusieurs affaires du genre ayant fait polémique ces derniers temps sur le continent. Le cas de l’ancien maire est certes le plus symbolique, mais depuis le précédent sommet, plusieurs édiles ont été démis en cour de mandats, ou poursuivis dans diverses affaires et sont donc absent du rendez-vous de Marrakech. Lehady Soglo à Cotonou, Assane Seidou à Niamey, Akossi Benjo, maire du Plateau à Abidjan, la liste est loin d’etre exhaustive. La question sera certainement à l’ordre du jour des débats, à huis-clos, lors de l’Assemblée générale élective de l’organisation, prévue pour  ce vendredi 23 novembre, au cours de laquelle les élus procéderont à l’élection d’une nouvelle direction pour la CGLU Afrique. L’occasion pour les édiles et autres élus locaux de se donner de la voix afin notamment de s’affranchir d’une trop grande tutelle de l’autorité centrale, d’autant que désormais, les villes africaines se sentent assez matures pour mobiliser assez de fonds, des recettes fiscales locale, mais aussi auprès d’investisseurs privés et de bailleurs internationaux, afin de financer leurs propres programmes de développement et apporter des réponses concrètes aux attentes de leurs administrés.