Afrique de l’Ouest en 2018 #3 Weah veut marquer son empreinte

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Le chef de l’Etat libérien. Image/capture d’écran

Ouestafnews – Le 22 janvier 2018, le Liberia ouvrait une nouvelle page de son histoire avec l’investiture du président George Weah. Cet  ancien footballeur, démocratiquement élu un peu mois d’un mois auparavant, succédait ainsi à Ellen Johnson Sirleaf, et faisait vivre au Liberia sa première alternance de la période post guerre civile.

Dans sa première année d’exercice, le nouveau président s’est engagé à s’attaquer à des problèmes sociaux tels que l’éducation ou encore le foncier.

Durant toute la campagne électorale, George Weah a déroulé un programme et des ambitions à destination des couches les plus démunies de la société libérienne. D’où la priorité accordée à l’éducation, pour ce sportif qui a connu la gloire en tant que footballeur professionnel en Europe.

Dès le mois de mais 2018, la nouvelle administration a lancé son Plan pour une éducation de qualité, un programme étalé sur dix ans, dans un pays où 42 % des enfants en âge d’être scolarisé ne vont pas à l’école, selon des chiffres officiels.

Pour Ansu Dao Sonii, le ministre de l’Education nationale, il s’agit d’un plan de « revitalisation » du secteur, dont la première étape consiste en un audit à l’échelle national,  devant permettre de mieux apprécier les défis à relever.

Gratuité des universités publiques

Pendant qu’un plan spécifique est adopté pour le renouveau de l’enseignement primaire, au niveau des universités publiques le président George Weah a décrété au mois d’octobre 2018, la gratuité des frais d’inscription pour les étudiants de première et deuxième année.

«Je déclare libre de droits d’inscription de l’Université du Liberia pour les étudiants du premier cycle », avait lancé le président Weah au cours d’une visite au campus de l’Université de Monrovia, le 25 octobre 2018. Ce fut un des premiers actes majeur de sa présidence.

Selon un rapport du ministère libérien de l’Education, datant de 2016, la pauvreté constitue une des principales causes du  faible taux de fréquentation de l’école primaire dans le pays.

Aux frais de scolarité insupportables pour la majorité des parents d’élèves, s’ajoutent les longues distances à parcourir par les enfants pour constituer des facteurs qui encouragent l’abandon scolaire.

La guerre civile qui a ravagé le pays entre 1989 et 1997 est à la base de la faible qualité des infrastructures du pays en termes d’éducation mais aussi de santé comme l’a montré la rapide expansion de l’épidémie d’Ebola en 2014.

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Loi « historique » sur le foncier

A côté de la priorité que constitue l’éducation, George Weah, a aussi promulgué une nouvelle loi sur le foncier en septembre 2018, ce qui entre aussi dans la matérialisation de ses promesses de campagne. Avec cette nouvelle loi, les communautés villageoises peuvent devenir propriétaires : une vielle doléance populaire désormais satisfaite.

Depuis la création du Liberia en 1847,  la terre appartenait « exclusivement » à l’Etat qui peut ou non en céder une partie à des propriétaires privés. Sur ce front, et en à peine huit mois d’exercice, le président Weah a fait mieux que son prédécesseur Ellen Johnson Sirleaf qui avait entamé une réforme similaire en  2014, mais n’a jamais réussi à faire passer une loi.

Selon les acteurs de la société civile qui ont longtemps porté le combat des communautés victimes de l’accaparement des terres, cette nouvelle loi, non seulement octroie le droit de propriété aux paysans, mais elle constitue surtout un moyen de booster la production agricole et de favoriser l’emploi.

Dans le but de mieux protéger les intérêts des communautés paysannes et d’éviter la survenue de conflits, la nouvelle loi est entourée de quelques mesures sécuritaires. Aussi, ce texte interdit-il aux communautés de procéder à la vente, pas avant une période de 50 ans. Ensuite il est obligatoire d’obtenir le consentement de toute la communauté avant toute exploitation ou location de la terre à des privés.

Croissance, corruption, les autres défis

Alors que l’économie stagnait depuis 2014, victime des faibles cours des matières premières et des effets de l’épidémie d’Ebola, le pays devrait connaître une reprise assez notable, avec des taux de croissance estimés à 3,9 % en 2018, et qui pourraient atteindre les 5 % en 2019, selon des statistiques de la Banque africaine de développement (BAD).

Cette croissance serait essentiellement portée par l’exploitation de l’or et du fer qui connaissent un boom ainsi que la production commerciale d’huile de palme et la normalisation des investissements après la transition politique.

En juillet 2018, dans son discours sur l’état de l’économie, le président Weah a listé le passif hérité de l’ancien régime à savoir l’inflation, due à la baisse de valeur de la monnaie nationale, le fort taux de chômage et la faiblesse des réserves extérieures.

Pour le nouveau président, la résolution des difficultés se fera dans le cadre d’un plan de développement dénommé « agenda en faveur des plus démunis pour la prospérité et le développement ». Ce programme étalé sur cinq ans a comme objectif principal déclaré un développement « inclusif et durable ».

Cette relance économique en perspective est annoncée dans un contexte où la corruption demeure un grand problème.

Si la période d’Ellen Johnson Sirleaf a été marquée par la mise en place d’institutions de contrôle de lutte contre la corruption et d’initiatives allant dans ce sens, les observateurs estiment qu’elles n’ont pas permis de grandes avancées sur ce terrain.

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« La corruption reste endémique et imprègne la plupart de secteurs de la vie nationale », déplore l’ONG Transaparency International (TI) qui dans son indice sur la perception de la corruption dans le monde (édition 2018) classe le Liberia au 122è rang sur un total de 180  pays étudiés.

Le Liberia « a chuté dans les classements ces dernières années, faute de poursuites judiciaires suffisantes. Depuis l’arrivée de Georges Weah, une série de scandales fait la une de la presse, tandis que les institutions et les ONG réclament des poursuites judiciaires », rappelle le quotidien privé burkinabé, Le Pays.

Le président Weah, lui-même considéré comme un riche homme d’affaires, sera vivement attendu sur le dossier de la corruption au cours de son premier mandat.

« Mon mandat sera celui de la fin de la corruption dans le service public, je vais tout faire pour tenir cette promesse », affirmait-il au moment de son arrivée au pouvoir en janvier 2018.

DD-MN/on/ts