Afrique du Sud: l’avenir du président Zuma toujours en suspens

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L’incertitude régnait mercredi en Afrique du Sud, plongée dans la crise par les refus répétés du président Jacob Zuma de démissionner et les atermoiements de son parti, qui a repoussé in extremis une réunion censée sceller son sort.

En l’espace de vingt-quatre heures, les rebondissements se sont succédé dans la saga Zuma, empêtré dans les scandales de corruption et pressé de quitter le pouvoir.

Le très attendu discours annuel du président sur l’état de la nation, un des temps forts de la vie politique sud-africaine, a été repoussé à une date indéterminée pour éviter les débordements dans l’hémicycle. Une première.

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la fin de l’apartheid en 1994, avait convoqué ce mercredi une réunion extraordinaire pour trancher la question de la « transition ».

Mais, nouveau coup de théâtre, il a fait marche arrière et l’a reportée au 17 février en raison de « discussions fructueuses » entre les deux principaux acteurs de la crise, le président Zuma et son possible successeur Cyril Ramaphosa.

Rien n’a filtré sur la teneur de cet entretien qui s’est déroulé mardi soir au Cap, la capitale parlementaire, alimentant toutes les spéculations. La présidence a dû publier deux communiqués pour démentir les plus persistantes.

Mercredi, la présidente du parlement Baleka Mbete a appelé les Sud-Africains à « la patience ».

« On ne peut pas présumer de ce qui va se passer. Par conséquent, on doit respecter le fait qu’il y ait des consultations » entre MM. Zuma et Ramaphosa, a-t-elle estimé.

« Il n’y a pas besoin de paniquer », a assuré de son côté le secrétaire général de l’ANC, Ace Magashule. « Nous allons gérer ce problème avec la responsabilité qui s’impose ».

La question épineuse d’un départ anticipé du président Zuma, dont le mandat expire en 2019, empoisonne l’ANC depuis l’élection en décembre de son nouveau chef, Cyril Ramaphosa, qui s’est fait le chantre de la lutte anti-corruption.

Le pays est depuis tiraillé entre deux centres de pouvoir: la présidence de la République et l’ANC. Une situation intenable.

– ‘Paralysie’ –

Les jours du chef de l’Etat semblent comptés mais l’ANC s’est jusque-là montré incapable de trancher, divisé entre pro et anti-Zuma. « Il y a des positions différentes », a admis mardi la secrétaire générale adjointe du parti, Jessie Duarte.

L’ANC pourrait rappeler le chef de l’Etat, comme il l’a fait en 2008 avec Thabo Mbeki, ou saisir le Parlement d’une motion de défiance ou d’une procédure de destitution.

Le report du discours sur l’état de la nation illustre la profondeur de la crise au sein de l’ANC.

« Ce report est extraordinaire. Il paralyse les affaires courantes du gouvernement », a constaté l’analyste politique Richard Calland.

« On est plongé dans l’inconnu. Il y a énormément de spéculations et il revient à l’ANC de clarifier » ce que se sont dit MM. Zuma et Ramaphosa, a-t-il ajouté à l’AFP. « Cette incertitude porte préjudice à tout le monde ».

Pour l’analyste Ralph Mathekga cependant, le report de la réunion de l’ANC prévue mercredi « laisse à penser qu’un accord a été conclu pour le départ » de M. Zuma.

Dans un pays suspendu à l’avancement de leurs discussions, MM. Zuma et Ramaphosa participaient mercredi au Cap à des conseils des ministres restreints prévus de longue date.

La présidence a annoncé en outre la participation du « président Jacob Zuma » à une réception samedi, toujours au Cap.

Depuis son élection à la tête de l’ANC, M. Ramaphosa n’a de cesse que de pousser rapidement vers la sortie M. Zuma. 

Mais la tâche s’avère extrêmement compliquée, comme le résumait mercredi un dessin dans le quotidien Business Day représentant le chef de l’ANC tentant vainement de fermer un rideau de théâtre: « C’est humiliant », lâche M. Ramaphosa.

Mis en cause dans de nombreux scandales de corruption, M. Zuma a plusieurs fois semblé proche de la démission ces dernières années. Mais il a jusque-là toujours réussi à l’éviter. 

Dimanche, il a une nouvelle fois refusé obstinément de se plier aux injonctions de la direction de l’ANC, affirmant selon les médias locaux n’avoir rien à se reprocher.

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