Afrique du Sud: Ramaphosa prêche pour l'unité et la lutte contre la corruption

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C’était un discours très attendu, un double enjeu oral grandiose, "Une occasion de réfléchir aux résultats de cette première année au pouvoir et d'orienter le Congrès national africain (ANC) en vue des prochaines élections, explique l'analyste politique Daniel Silke.

Dans son discours à la nation, Président Cyril Ramaphosa a profité de l'occasion pour jeter un long regard sur les progrès réalisés, à la suite d'une "période d'incertitude et de perte de confiance en soi" après la démission de son prédécesseur Jacob Zuma. L'atmosphère a été annoncée cependant tendue, alors que les scandales de corruption continuent de coller au Congrès national africain (ANC), Cyril Ramaphosa lui-même a dû expliquer une contribution électorale reçue d'une entreprise de sécurité accusée de verser des pots-de-vin aux dirigeants.

Humour

Les membres de l'opposition ont même menacé de perturber la session. Mais le président a désamorcé les critiques en appelant une nouvelle fois à l'unité et en s'autorisant même quelques mots d'humour avec les députés de l'opposition. Il a également martelé devant l'hémicycle sa détermination à faire de cette lutte contre la corruption son principal combat: "Les révélations qui se dégagent des différentes commissions d'enquête sont très inquiétantes […] Lorsqu'il y a un procès, cela doit être rapide et l'argent public doit être récupéré de toute urgence. "

Sauver la croissance et l'emploi

Cyril Ramaphosa était également attendu sur le plan économique . Bien que son arrivée sur le marché national ait été bien accueillie par les marchés, les premiers résultats de ses réformes tardent à se faire sentir. La croissance du pays est douce. Il est prévu à 1,8% pour 2018, après une période de récession. Quant au chômage, il dépasse 27%. Mais le président espère toujours inverser la tendance et "Remettre l'économie sur la voie de la reprise". Pour cela, le président s'appuie sur des investissements, notamment étrangers, qui ont quadruplé entre 2017 et 2018. Une confiance qui, à son avis, sera renforcée par "Progrès important" dans la législation, en particulier dans le secteur minier. "Nous sommes sur le point de voir plus d'emplois créés dans l'économie", a promis le conférencier.

Eskom divisé

Le président sud-africain s'est également concentré sur la réforme des entreprises publiques et a détaillé l'avenir du géant de l'électricité Eskom, qui multiplie les délestages et dont la dette dépasse les 26 milliards d'euros. Alors que le chef de l'Etat avait déjà renouvelé la gestion de la société, il propose désormais un plan d'action visant à améliorer l'efficacité: la société sera divisée en trois entités: production, transmission et distribution électrique.

La redistribution des terres reste dans le noir

Une autre réforme phare évoquée lors de cette grande orale: la redistribution des terres. Le déséquilibre foncier du pays est flagrant, la population blanche représentant 8% des 55 millions d'habitants possédant encore les trois quarts des terres, près de 25 ans après la fin de l'apartheid. Alors qu'un comité parlementaire envisage plus longtemps que prévu l'amendement de la Constitution autorisant l'expropriation sans indemnité, Cyril Ramaphosa promet qu'un rapport sera publié par un groupe d'experts d'ici la fin du mois de mars. La réforme ne devrait pas voir la veille des élections, prévues pour juin. Le président a donc mis en œuvre une nouvelle victoire de l'ANC, crédité de 61% des intentions de vote des derniers sondages, pour mettre en œuvre ses mesures les plus importantes.

Claire Bargelès (à Johannesburg)