Colère et frustration dans les embouteillages monstres autour du port de Lagos

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Dans les bouchons infernaux qui entourent le port de Lagos, le plus grand du Nigeria, même les taxi-motos peinent à trouver de la place et zigzaguent bon an mal an entre les 33 tonnes et les immenses cratères qui parsèment la route.

A Apapa, le quartier du port, qui est sans doute l’endroit le plus chaotique de la mégalopole grouillante de 20 millions d’habitants et dont la seule évocation suffit à déclencher des sueurs froides chez les Lagossiens, les ribambelles de camions-citernes ou semi-remorques menacent à chaque instant de perdre leur chargement ou de se renverser sur la chaussée. 

Les chauffeurs peuvent rester bloqués des jours entiers à l’entrée ou la sortie du port, causant une immense perte d’argent et d’énergie pour les compagnies d’import export. 

Cette semaine, le plus grand syndicat du port, Maritime Workers Union of Nigeria (MWUN), a donc lancé un ultimatum au gouvernement: réparer la route, ou ils bloqueront « jusqu’à nouvel ordre » tout accès au poumon de la capitale économique d’Afrique de l’Ouest. L’un des rares point d’accès des marchandises dans ce pays géant de 190 millions d’habitants. 

« La route d’Apapa est devenue le paradis des criminels, qui sautent sur n’importe quelle occasion pour attaquer ou voler les innocents, y compris nos travailleurs qui doivent arpenter cette route, qui n’est même plus praticable, tous les jours », a expliqué à l’AFP Adewale Adeyanju, le président de la MWUN. 

A cause de ces conditions de sécurité et logistiques, les importateurs préfèrent utiliser le port de Cotonou, au Bénin voisin, pour acheminer leurs marchandises. 

« Les ports de nos voisins fleurissent et les nôtres sont désertés », enrage le syndicaliste.

– ‘Pas bougé depuis quatre jours’-

Les représentants syndicaux doivent rencontrer des membres du gouvernement à Abuja, mardi. Mais d’ici là, John Chinedu et son camion-citerne d’essence n’auront sûrement pas avancé d’un pouce. 

« Cela quatre jours que je n’ai pas bougé », raconte le chauffeur. « Nous ne pouvons pas entrer dans le port. »

Et M. Chinedu est même fraichement arrivé, comparé à certains de ses collègues. 

« Je suis arrivé à Lagos il y a deux semaines », surenchérit Lekan Yinusa. « Je suis censé aller chercher un container de bateau qui est arrivé au port depuis des semaines déjà… »

« Depuis deux semaines, je mange ici, je me lave ici, je fais mes besoins ici », se lamente-t-il en montrant le bord de ce qui était autrefois encore une route. 

Le port de Lagos représente pourtant 60% des importations maritimes du pays et génére près de 70% de ses revenus douaniers (2,2 milliards d’euros en 2017).  

Jonathan Nicol, importateur basé à Lagos, aussi est découragé. Il doit en plus payer des pénalités et des taxes lorsque son chargement ne sort pas du port à temps. « Et ce n’est pas la faute des importateurs! », enrage-t-il. 

« Nos clients, la plupart des industriels, râlent aussi car ils n’ont pas leur marchandise à temps. »

Pendant que le pays souffre de pénuries chronique d’essence à la pompe depuis plus d’un mois, les embouteillages ne facilitent pas une sortie de la crise. 

« Il y a des milliers de citernes qui attendent d’être chargées », rapporte Lukman Busari, importateur. 

« Pour décongestionner les routes, il faudrait développer le transport ferroviaire, sans parler de la construction de pipelines à travers le pays pour acheminer l’essence », selon lui. 

La directrice générale des autorités portuaires du Nigeria (NPA), Hadiza Bala Usman, reconnaît les problèmes qui, dit-elle, sont dus à la reprise de la croissance économique du pays après des mois de récession. 

« Cela ne fait aucun doute que l’état déplorable des routes d’Apapa a des conséquences sur l’économie. Nous ne sommes pas satisfaits de la situation », confie-t-elle à l’AFP. 

Les NPA ont financé la réparation des routes à hauteur de 1,8 milliard de nairas (4 millions d’euros), bien que ce ne soit pas de leur ressort, mais celui du ministère fédéral des Infrastructures. 

« On le fait quand même parce que cela paralyse nos opérations », explique Mme Usman. « Il faut développer de nouveaux moyens de transport car aujourd’hui 90% des cargaisons qui arrivent à Lagos doit passer par la route. Il nous faut des trains et des voies fluviales. »

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