Conakry « ville morte » | Télésud

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Des milliers de jeunes ont érigé des barricades et brûlé des pneus lundi dans les rues de la capitale guinéenne Conakry, transformée en « ville morte » à l’appel des enseignants, d’un syndicat et de l’opposition qui dénonce des fraudes lors des récentes élections, a constaté un correspondant de l’AFP.

Dans un climat social et politique déjà tendu, le principal parti de l’opposition, l’UFDG de l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, avait appelé vendredi à faire de ce lundi une journée « ville morte » à Conakry pour protester contre « la fraude électorale à grande échelle organisée par le gouvernement » lors des élections locales du 4 février.

« Si nous ne sommes pas entendus, nous allons étendre ces manifestations à toutes les villes de la Guinée dans les prochains jours », a prévenu le parti de M. Diallo, arrivé en deuxième position derrière le RPG, la formation du président Alpha Condé, lors d’un scrutin suivi par des violences post-électorales qui ont fait une dizaine de morts.

Des voitures ont été caillassées et un bus de transport en commun appartenant à un propriétaire privé incendié à Matoto, dans le sud de la capitale. Des troubles se sont aussi déroulés dans des quartiers de la capitale guinéenne traditionnellement hostiles au régime comme Cosa, Bambéto ou Wanidara, où tous les commerces étaient fermés.

Au grand marché de Madina, poumon économique de Conakry, la quasi totalité des commerces étaient fermés, tandis que la circulation tournait au ralenti dans le centre administratif de la capitale.

Interrogé par l’AFP, un responsable de l’opposition, Faya Millimouno, leader du Bloc Libéral (BL), s’est « félicité du succès de la journée ville morte ». « Les prochains jours seront plus chauds pour le pouvoir », a-t-il prévenu.

Les écoles de Conakry étaient également à nouveau vides lundi. Depuis deux semaines, une faction dissidente du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) a relancé un mouvement de grève entamé peu après la rentrée scolaire et qui a été lui aussi émaillé de manifestations meurtrières.

Les leaders syndicaux, non reconnus par l’Etat, réclament une augmentation des salaires des enseignants de 40% avec effet rétroactif. Un de ses porte-parole a déclaré que la grève se poursuivrait malgré l’annonce samedi par le gouvernement d’une augmentation de 10% des traitements des enseignants.

Plusieurs dizaine de personnes qui ont manifesté dans le quartier des administrations contre la « fermeture prolongée » des écoles ont été rapidement dispersées par les forces de l’ordre à coups de grenades lacrymogène. Une quinzaine d’entres elles ont été brièvement privées de liberté au commissariat central de la police.

La grogne sociale s’est étendue lundi à l’ensemble de l’économie, à l’appel de l’Union générale des travailleurs de Guinée (UGTG), qui dénonce en vrac une mauvaise gestion de la sécurité sociale, des licenciements arbitraires dans plusieurs entreprises, la politisation de l’administration, les entraves à la liberté syndicale ou encore « l’indifférence » perçue de l’Etat face aux accidents de travail.

Le puissant syndicat a appelé les travailleurs de tous les secteurs (public, privé, mixte, informel) à arrêter le travail sur l’ensemble du pays « jusqu’à la satisfaction » de ses revendications.

Le gouvernement a indiqué qu’il réagirait prochainement « par rapport à la situation politique en général et à l’appel à la ville morte en particulier ».

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