Documentaire "Kinshasa Makambo" en compétition à Fespaco

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La création de la nouvelle section documentaire du Fespaco (Festival panafricain du film et de la télévision de Ouagadougou) a porté chance au Congo. Nous venons d'apprendre que le film de Goddo Hamadi, Kinshasa Makambo, parmi les 21 longs métrages sélectionnés. Il sera présenté entre le 23 février et le 2 mars au Burkina Faso et tentera de remporter la prestigieuse statuette du Yennenga Gold Standard.

Le fait d'être récompensé à Ouaga serait évidemment une très bonne récompense pour le combat que propose ce documentaire: celui de trois jeunes militants congolais, parmi beaucoup d'autres, qui luttent et manifestent pacifiquement en attendant les élections en RDC. Un documentaire que nous vous avons présenté en octobre dernier, un clip vidéo à la clé, qui témoigne à la fois du renouveau du cinéma africain et de la part croissante de jeunes cinéastes. Deux tendances mises en avant par le délégué général de Fespaco, Ardiouma Soma.

"Dans le passé, les cinéastes africains ne s'intéressaient pas au genre du documentaire qui semblait réservé à la télévision. Mais de plus en plus de jeunes africains s'intéressent et l'utilisent pour faire valoir son point de vue, en insérant ses films dans un processus de création une mise en scène de la réalité. C’est pourquoi nous avons décidé de développer cette section documentaire »a expliqué le délégué général lors de sa visite à Bruxelles la semaine dernière.

Il est important d'être reconnu dans la famille du cinéma africain

"Le Fespaco tente de faire la lumière sur cette nouvelle dynamique des cinémas africains. D'autant plus que la jeunesse a une nouvelle façon de filmer et apporte une fraîcheur aux cinémas d'Afrique et de la diaspora. Le Fespaco doit évoluer avec le temps et montrer le cinéma C’est le prix à payer pour assurer la pérennité du festival: savoir s’adapter à son époque »Soma insiste.

C'est la volonté de montrer des films réalisés par des Africains en Afrique qui a conduit à la naissance de Fespaco en 1969. " A cette époque, les quelques films africains existants ne circulaient que dans des cercles fermés, rappelle Ardiouma Soma. Les cinéastes africains sont venus à la rencontre de leur public et se sont sentis investis d'une mission d'éducation, de sensibilisation, c'était l'ère des activistes du cinéma peu après l'indépendance. Aujourd'hui, il y a eu une évolution notable, on voit différents types de cinéma. " Mais le témoignage et la prise de conscience font partie intégrante du genre documentaire, comme le démontre Kinshasa Makambo.

"Le Fespaco n'a lieu qu'une fois tous les deux ans, mais même parmi les cinéastes qui se sont distingués à Toronto ou à Berlin, nous nous rendons compte qu'il y a un mécontentement jusqu'à ce qu'ils aient la possibilité d'être reconnus et acceptés dans la famille du cinéma africain. passe par une sélection à Ouaga. " C'est le cas du film de Dieudo Hamadi présenté dans de nombreux festivals, dont celui de Namur, le Fiff, en octobre dernier.

La jeunesse innove dans le traitement et la création

"La délégation veille également à ce que la dimension économique soit mieux prise en compte et réponde aux attentes de toutes les catégories de cinéastes en Afrique. En 50 ans, l'industrie du film en Afrique et dans la diaspora a beaucoup changé. Le Fespaco doit prendre en compte cet environnement et se repositionner pour les 50 prochaines années. C’est pourquoi nous avons commencé à mieux prendre en compte la dimension industrielle, par le biais du Mica (Marché international du cinéma et de l'audiovisuel africain, NdlR), un espace dédié aux hommes et femmes d’affaires du cinéma qui se rencontrent pour discuter de questions liées au développement de ce secteur. Mais aussi comme espace de développement de projets que nous renforcerons en initiant des discussions sur des sujets pratiques. Le Mica sera un lieu de rencontre entre producteurs et porteurs de projets. C’est un axe très important car il permet de garantir que Fespaco continue d’attirer les professionnels africains ", dit Ardiouma Soma.

Il y a beaucoup de premiers films parmi 20 longs métrages sélectionnés dans la sélection 2019 (voir article précédent). " La place des jeunes est importante car les jeunes sont audacieux, ils innovent dans le traitement et la création; cela doit être reflété dans le Fespaco. Avec l'avènement du numérique, nous avons découvert en Afrique francophone que les cinéastes d'une certaine génération fuyaient cette technologie, mais aujourd'hui, tout le monde a pris le train numérique. "

Acteur Etienne Minoungou, créateur de Recréatrales (à gauche) et Ardiouma Soma, délégué général de Fespaco

"Comme le disait Sembène Ousmane (le doyen des réalisateurs africains décédé en 2007, NdlR): nous avons créé le Fespaco mais, aujourd’hui, c’est lui qui nous porte. Pour que Fespaco continue à faire venir des créateurs africains, il doit être ouvert à l’évolution. C’est pourquoi nous sommes ouverts aux jeunes aussi bien en termes d’organisation que de sélection. "

Nous avons besoin de notre cinéma pour servir l'Afrique d'abord

Fespaco est également ouvert à tous les partenariats. " Mais nous devons rester dans l’esprit inculqué par les pionniers et qui a prévalu lors de sa création: faire en sorte que notre cinéma serve d’abord l’Afrique en termes de contenu afin de porter l’empreinte de nos identités dans la communication globale. Que notre cinéma serve avant tout le développement économique de nos différents pays. Ce sont ces concepts qui devraient nous guider pour construire nos partenariats avec toutes les entreprises qui investissent dans l'audiovisuel. Tout le monde comprend que le public, les jeunes sont en Afrique. C’est un gros gâteau à partager. Nous sommes prêts à accueillir Netflix et tous les autres partenaires, mais nous devons veiller à préserver les intérêts des professionnels africains. "conclut Ardiouma Soma.

EntrevueKarin Tshidimba

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