En Ouganda, Museveni met la pression sur MTN

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Alors que le président ougandais cherche à inscrire l'opérateur sud-africain sur le marché boursier ougandais, trois dirigeants ont été expulsés depuis le début de la semaine.


Après les expulsions, au début de la semaine, Olivier Prentout, directeur marketing de MTN Ouganda, et la Rwandaise Annie Bilenge Tabura, directrice des ventes et de la distribution, le directeur de l'argent mobile de la filiale, l'italienne Elsa Muzzolini, ont à leur tour quitté le pays le 23 janvier, a déclaré à l'AFP Fred Enanga, un porte-parole de la police ougandaise.

Comme ses deux collègues, expulsés pour des raisons de "sécurité nationale", le haut responsable était accusé d '"incitation à la violence". Elle aurait " envoyé de l'argent à Bobi Wine"L'un des principaux opposants au président ougandais, Yoweri Museveni", a-t-elle expliqué à ses collègues après son interrogatoire.

Négociations sur le montant de la licence

Alors que ces expulsions sont liées en Ouganda, le chef de l’Etat, Yoweri Museveni, à Davos à l’occasion du Forum économique mondial qui se tient du 22 au 25 janvier, a annoncé sur Twitter avoir rencontré le patron de MTN, Rob Shuter, et "lui a conseillé d'enregistrer la société auprès de la bourse ougandaise [officiellement appelé Uganda Securities Exchange, ndlr] afin que les Ougandais puissent devenir actionnaires "du principal opérateur de télécommunications du pays.

Le président ougandais explique également, toujours sur Twitter, avoir " averti [le dirigeant de MTN, ndlr] contre la fraude dans le secteur des télécommunications, consistant à ne pas déclarer tous les appels passés par les utilisateurs et à "priver le gouvernement de certains revenus".

En juillet 2018, MTN Uganda a déclaré avoir été la cible d'une perquisition effectuée par des personnes prétendant appartenir aux services de renseignement ougandais. La société de télécommunications à l'époque a qualifié l'action d '"criminelle" et a affirmé que deux de ses sous-traitants avaient été "kidnappés" par ces hommes et forcés de leur fournir un accès au centre de données principal de MTN Uganda.

L’opérateur, qui compte plus de 10 millions de clients en Ouganda, négocie également avec l’Etat, avec lequel il n’a pas pu s’entendre sur le montant des taxes de renouvellement pour dix ans de sa licence, arrivé à expiration depuis octobre 2018.

Pressions et réactions

Les pressions exercées par les États sur les opérateurs et leurs agents locaux sont monnaie courante sur le continent. Depuis la mesure d'expulsion notifiée au directeur général de MTN, Stephen Blewett, en novembre 2017 (et annulée en mai 2018), pour "activités préjudiciables à la sécurité et à l'ordre public", à la suite de l'ouverture de poursuites fermeture brutale des locaux d'Orange et Airtel en décembre 2018 pour "non-paiement de taxes", les relations entre États et opérateurs se sont tendues de manière dangereuse depuis quelques années.


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Mais cette fois, l'affaire pourrait bien dépasser le cadre strict des relations entre un État et une entreprise: si la France et l'Italie n'ont pas officiellement réagi à l'expulsion de leurs ressortissants, Kigali ne semble pas s'être rendu compte queAnnie Bilenge Tabura a dû quitter le pays pour des raisons de sécurité nationale. Olivier Nduhungirehe, secrétaire d'État rwandais chargé de la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE), dont l’Ouganda est membre, s’est exprimé très énergiquement sur le réseau social Twitter le 23 janvier. "Apparemment, marcher et travailler en Ouganda quand on était rwandais était devenu un crime. Les seules activités autorisées pour les Rwandais en Ouganda semblent être de comploter contre leur pays, de former les forces du Congrès national rwandais et la plateforme. [d’opposition] P5 et dénoncer leurs camarades rwandais ", a déclaré le ministre.