En pleine controverse sur la restitution, l'âge d'or du continent africain célébré à Chicago

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Chicago (AFP)

Une exposition organisée par un musée de Chicago célèbre l’Afrique en tant que plaque tournante du commerce et de l’art au Moyen Âge, en collaboration avec des institutions africaines, au milieu d’un débat sur la restitution d’œuvres par les anciens pays colonisateurs.

Alors que l'Europe, et la France en particulier, a déjà beaucoup éclairé cette période, les États-Unis n'ont jusqu'à présent guère manifesté d'intérêt pour l'Afrique pré-esclave.

«L’idée maîtresse de cette exposition était qu’au Moyen Âge, l’Afrique, et en particulier l’Afrique de l’Ouest, jouait un rôle absolument essentiel dans la réunion de régions allant de l’Europe au Moyen-Orient.», Explique la conservatrice Kathleen Berzock.

Outre le sujet, le Block Museum of Art, situé sur le campus de la Northwestern University, dans la banlieue de Chicago, souhaitait innover dans la constitution de l'exposition, en travaillant directement avec les institutions africaines au Mali, au Maroc et au Nigeria.

Des autorités de surveillance aux musées eux-mêmes, en passant par le Musée national du Mali ou le musée de la Banque Al-Maghrib à Rabat, en passant par des chercheurs, des prêts ont permis de prêter des dizaines d'objets qui n'avaient pas encore quitté leur pays d'origine.

Bijoux en or, statuette de cuivre, tête d'éléphant en terre cuite, les œuvres témoignent d'une époque marquée par le raffinement et la recherche esthétique.

Le témoignage d'un "moteur économique" de l'Afrique, selon Kathleen Berzock, continent rayonnant sur les régions environnantes.

– Histoire oubliée –

Le Block Museum a également demandé à de nombreux musées américains d'assembler les 250 œuvres composant l'exposition, ce que Kathleen Berzock a mis sept ans à assembler.

"Cette histoire n'a pas encore été mise en avant", observe Abdulkerim Kadiri, directeur général de la Commission nigériane des musées et des monuments, présent à l'inauguration de l'exposition.

Ce nouveau regard sur un âge d'or du continent africain, entre les VIIIe et XVIe siècles, a été facilité, dit-il, par la récente découverte d'œuvres d'art de l'époque.

L'idée d'une Afrique médiévale "au centre de l'excellence intellectuelle est très importante", déclare Augustus Casely-Hayford, directeur du Musée national de l'art africain à Washington.

L'exposition "Caravans of Gold, Fragments in Time", ouverte samedi, s'achèvera le 21 juin, avant de se rendre au musée Aga Khan de Toronto (septembre-février 2020), puis au musée national de l'art africain à Washington (avril à octobre). Novembre 2020).

Elle intervient en plein débat sur la restitution des œuvres d'art, initiée par un rapport publié fin novembre et sur lequel s'appuie Emmanuel Macron.

En novembre, le président français a également annoncé le retour au Bénin de 26 œuvres pillées pendant la période coloniale, propriété du musée du quai Branly à Paris.

Plutôt que la restitution en bonne et due forme, plusieurs responsables français, dont le ministre de la Culture, Franck Riester, préconisent de "faire circuler" en Afrique les œuvres en possession de la France, par le biais de prêts, d'expositions ou de dépôts à long terme.

Le débat s’est étendu à plusieurs pays européens, mais a jusqu’à présent eu peu de résonance aux États-Unis, bien que des dizaines d’œuvres appartenant à des musées américains aient été identifiées comme indirectement dérivées du pillage.