Etudier à l'étranger: la France tourne le dos à l'Afrique

      Commentaires fermés sur Etudier à l'étranger: la France tourne le dos à l'Afrique

La France a dévoilé sa "stratégie d'attractivité pour les étudiants internationaux". Les étudiants étrangers qui pourraient venir étudier en France au même rythme que les Français paieront bientôt beaucoup plus.

Avec ce nouveau plan, le choc est dur pour les pays africains, traditionnellement fournisseurs d’étudiants en France. Vu d'Afrique, ce plan est simplement un moyen de nettoyer

Les étudiants étrangers (hors Union européenne), qui pouvaient jusqu'ici venir étudier en France au même taux que les Français, vont bientôt payer beaucoup plus cher pour la prochaine année scolaire. Alors qu’une licence coûte désormais 170 euros par an, un master 243 euros et un doctorat de 380 euros, ils paieront désormais respectivement 2 770 euros pour le premier et 3 770 euros pour les deux autres, soit environ un tiers du coût réel de ces formations. . Ceux qui y sont déjà paieront le nouveau tarif s’ils changent de cycle (par exemple, un déménagement vers un maître).

Emmanuel Macron devant les étudiants de l'Université de Ouagadougou

Emmanuel Macron devant les étudiants de l'Université de Ouagadougou

L'annonce a été faite par le Premier ministre, Edouard Philippe, le lundi 19 novembre aux Rencontres universitaires de la Francophonie. Il a dévoilé sa "stratégie d'attractivité pour les étudiants internationaux" sous la bannière de Choose France. Avec un objectif ambitieux: attirer 500 000 étudiants étrangers d'ici 2027, alors que le pays en compte actuellement 324 000. Selon les derniers chiffres de l'UNESCO, la France est le quatrième pays d'accueil d'étudiants internationaux dans le monde, après les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie. C'est le premier pays non anglophone, juste devant l'Allemagne. Mais il a perdu du terrain et son rang est contesté par ses voisins (Allemagne, Russie), par de puissants pôles d'attraction (Chine, Canada) et par de nouveaux acteurs (Arabie Saoudite, Turquie, Pays-Bas). Le nombre d'étudiants en mobilité croît beaucoup plus vite qu'en France, qui pourrait bientôt perdre sa 4ème place. Ces pays développent des stratégies d’attractivité offensives pour attirer davantage d’étudiants, en particulier d’Asie et de plus en plus du continent africain. Il faut dire que malgré une reprise depuis 2016, le nombre d'étudiants étrangers en France a diminué de 8% entre 2010 et 2015 et le gouvernement identifie un "risque de décrochage" français, dans un contexte de forte augmentation. étudiants internationaux. "Cinq millions d'étudiants, soit 2,3% de la population étudiante dans le monde, étudient dans un système universitaire étranger. Parmi cette élite, 343 000 viennent en France", selon une étude récente de l'agence publique pour la promotion du français à l'étranger enseignement supérieur, Campus France.

Le seul critère financier avant

Pour compenser le temps perdu, la France, qui ne figure pas parmi les 20 plus fortes hausses de la mobilité entrante en volume et en pourcentage entre 2011 et 2016, prévoit, via sa stratégie d'attractivité pour les étudiants internationaux, de s'appuyer sur une campagne de sensibilisation appelé "Choisissez la France". Objectif: porter le nombre d’étudiants internationaux à 500 000 d’ici 2027. Au-delà, le gouvernement français ne cache pas: le nombre d’étudiants internationaux est un élément du soft power, un signe d’attractivité de son système d’enseignement et un témoignage de sa capacité à former les élites de demain et de promouvoir ses valeurs. Les étudiants mobiles génèrent également des revenus pour les territoires et les institutions, renforcent les liens économiques et peuvent, s'ils restent dans le pays qui les a formés, renforcer durablement la société et l'économie qui les hébergent. Enfin, il est fréquent que les anciens élèves deviennent les meilleurs ambassadeurs de leur ancien pays d’études. "Pour mettre en œuvre la stratégie Choose France, le gouvernement s'appuiera sur une campagne de communication mondiale à partir de 2019, dont l'objectif sera de maintenir l'attractivité de la France auprès de ses partenaires actuels et de rehausser le profil des études menées en France dans les pays Il s’agit de créer l’envie parmi ceux qui considèrent la France comme une destination possible d’études afin qu’ils viennent réellement ", indique le communiqué de presse. Placée sous les auspices de Campus France et avec le soutien du réseau diplomatique, cette campagne de communication multimédia et multicanal diffusera le même message: Choose France / Choose France. Il se concentrera sur une cible géographique bien définie. En fait, trois domaines principaux se distinguent: la région francophone, les grands pays émergents, en particulier en Asie, l’Afrique anglophone. "Sans ignorer les pays traditionnellement porteurs de mobilité (Maghreb, Afrique de l'Ouest), la campagne de communication ciblera davantage les pays émergents (Chine, Inde, Vietnam, Indonésie) et les pays d'Afrique francophone non francophones, ceux où La connaissance de la France reste incomplète et le potentiel important, notamment dans les pays suivants: Chine, Inde, Russie, Brésil, Moyen-Orient, pays africains anglophones (Ghana, Nigeria, Kenya, Éthiopie) et les principaux pays francophones. pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal, Côte d'Ivoire, RD Congo), détaille le dossier de presse, sachant que même si l'accueil des étudiants étrangers coûte chaque année trois milliards d'euros à la France, il n'en reste pas moins que 4,65 milliards d'euros, selon Campus France, sans compter que cette catégorie d'étudiants serait alors les ambassadeurs de la France. Cependant, en France, les budgets ne suivent pas le nombre d'étudiants en institution, rde à l’union nationale de l’enseignement supérieur, qui déclare que "le ministère n’a pas donné d’euro supplémentaire aux établissements qui ont vu leur nombre d’étudiants augmenter.

Le tribunal pour les Indiens, les Russes et les Chinois

Le gouvernement s'attend à une diminution du nombre d'étudiants la première année et parle d'un "effet d'éviction mesuré". Mais c’est surtout une pause qui vise à attirer les étudiants indiens, russes, chinois, en particulier ceux des pays émergents. Le 20 mars, le président français Emmanuel Macron avait déjà goûté à cette nouvelle stratégie dans son discours sur la langue française et la francophonie à l'Institut de France. "La mobilité des étudiants dans le monde va augmenter de manière significative dans les années à venir. La France devra augmenter le nombre d'étudiants étrangers sur son territoire et le nombre d'étudiants venant des pays émergents va doubler car la langue française est le bien qui nous lie Les étudiants indiens, russes et chinois seront plus nombreux et plus nombreux, il faut déjà tout faire pour rénover les conditions d'accueil, j'ai donc demandé au ministre de l'Enseignement supérieur de concevoir un plan d'ensemble avec l'aide de Campus France. C’est ce plan qui sera présenté début 2019 ", a-t-il annoncé et repris dans le préambule du dossier de presse. Les Africains avaient fait leur observation à l'époque: leur continent n'est pas mentionné.

Le coup de club

Aujourd’hui, avec cette stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux, le choc est dur pour les pays traditionnellement étudiants en France, notamment le Maroc, l’Algérie, la Tunisie ou le Sénégal ou encore la Côte d’Ivoire et le Cameroun, qui comptent parmi les plus gros fournisseurs d’étudiants en France. France. Ainsi, vu d’Afrique, ce plan proposé par le Premier ministre français n’est qu’un moyen de nettoyage. Cependant, selon Campus France, par continent, l'Afrique reste en tête du nombre d'étudiants étrangers inscrits dans les établissements d'enseignement supérieur français en 2017/2018 avec 46% des étudiants internationaux. Six pays africains figurent sur la liste des dix qui envoient le plus d’étudiants en France (Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal, Côte d’Ivoire et Cameroun). L'Afrique est suivie par l'Europe (25%), l'Océanie (16%), les Amériques (9%) et le Moyen-Orient (4%). Et par nationalité, c'est le Maroc (avec 39 855 étudiants inscrits) qui occupe la première position du classement suivi par l'Algérie qui passe en deuxième position avec 30 521 étudiants, devant la Chine, 3ème avec 30 071 étudiants, tandis que l'Italie gagne une place à la position quatrième avec 13 341 étudiants aux dépens de la Tunisie 5ème avec 12 842 étudiants. C'est-à-dire qu'avec cette "stratégie d'attractivité pour les étudiants internationaux" de la France, il est audacieux de parier que ce sera la même chose, demain, même si le gouvernement français prétend que des mesures d'accompagnement seront prévues (voir encadré) afin ne pas mettre à l'écart les pays traditionnellement fournisseurs d'étudiants internationaux en France.

Maintien en poste de jeunes diplômés sur le continent

Pour le gouvernement français, il fait encore mieux en plaçant l'enseignement supérieur au cœur de sa politique d'aide au développement. Et pour ce faire, il est particulièrement nécessaire de promouvoir l'émergence de campus français à l'étranger et de placer l'enseignement supérieur au cœur de cette politique. Cela suppose notamment l’émergence et le soutien de projets impliquant les universités des 19 pays africains identifiés comme prioritaires (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Éthiopie, Gambie, Guinée, Haïti, Libéria, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger). , République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo). Selon l'exécutif français, plusieurs projets d '"universités franco-étrangères", de "campus franco-étrangers", de "pôles régionaux" ou de "campus hors campus" sont en cours de développement en Afrique de l'Ouest et en Occident. Maghreb (Sénégal, Côte d'Ivoire, Maroc, Tunisie). "La consolidation des institutions françaises sur le campus, comme Africa Sup au Maroc, le campus franco-sénégalais (voir encadré) ou la future université franco-tunisienne de l'Afrique et de la Méditerranée (UFTAM), en est un parfait exemple. L'objectif, selon le Selon le gouvernement français, ces établissements pourront accueillir deux fois plus d'étudiants d'ici 2022. Ces projets ne doivent pas nécessairement être diffusés partout et constituer toujours des campus physiques intégrés. Les doubles cours structurés ainsi que les modèles d'apprentissage à distance ont également fait leurs preuves. Mais ces projets auront le point commun qui conduira à l’attribution d’un diplôme national français pleinement reconnu dans l’Espace européen de l’enseignement supérieur, ce qui constitue un autre moyen de fermer les frontières de l’Hexagone aux jeunes Africains. souhaitant poursuivre leurs études en France Résultat: l’hexagone pourrait perdre de plus en plus d’influence sur le continent africain.

Triplement des bourses offertes: priorité aux étudiants africains

Le nouveau plan stratégique d’attractivité prévoit de nombreux cas d’exemption (enfant, conjoint ou partenaire d’un résident de longue durée, accords bilatéraux avec le Québec, etc.), mais surtout un triplement du nombre de bourses offertes aux étudiants internationaux, avec pour objectif d'accueillir les étudiants de demain qui n'ont pas la capacité aujourd'hui de venir étudier en France:

– 15 000 bourses du gouvernement français (contre 7 000 aujourd'hui), à remettre par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères. Ils concerneront principalement des étudiants des pays du Maghreb et d’Afrique. Ces bourses peuvent être, selon les cas, des bourses d’aide financière ou d’exemption.

– 6 000 bourses d’études universitaires ou scolaires, octroyées par les établissements sur la base de critères cohérents avec leur stratégie de partenariat et d’attractivité. Ces bourses peuvent être des subventions en espèces ou des bourses d’exemption. Parallèlement, les doctorants internationaux pourront bénéficier de programmes de soutien spécifiques pour renforcer l'attractivité des laboratoires de recherche.

En vertu du nouveau régime, un étudiant international sur quatre sera admissible à une exemption ou à une bourse.

Simplification de la politique des visas

La délivrance de visas dans les pays d'origine des étudiants sera simplifiée:

– les étudiants auront la priorité dans le traitement des demandes de visa par les consulats.

– L'introduction récente du portail numérique France-Visas permettra d'améliorer l'accès aux informations sur les documents à fournir et une meilleure interface avec l'enregistrement des universités.

– La collecte des applications sera facilitée par la sous-traitance auprès de fournisseurs de services externes.

La première année, les étudiants étrangers recevront un visa de long séjour digne de résidence (VLS-TS). À partir de la mi-2019, la validation du visa pourra être effectuée de manière dématérialisée, sur une plate-forme Internet, afin d'éviter que les étudiants n'aient à passer à l'OFII.

Un titre de séjour pour retourner travailler en France: l'engagement de Ouagadougou confirmé

Les étudiants passeront ensuite à un titre de séjour étudiant sous la forme d'un titre de séjour pluriannuel pour toute la durée restante du cursus. Pour faciliter l’obtention de ces titres, des guichets délocalisés seront installés dans les universités ou des guichets spécialisés dans les préfectures, sur l’ensemble du territoire national.

Macron en discussion avec des étudiants africains

Macron en discussion avec des étudiants africains

Enfin, à partir de mars 2019, les étrangers titulaires d’une maîtrise en France et rentrés dans leur pays d’origine pourront bénéficier d’un permis de séjour pour revenir en France et chercher du travail. Selon la nouvelle stratégie, "il s'agit d'une innovation très importante de la loi du 10 septembre 2018 sur l'asile et l'immigration destinée à promouvoir la mobilité circulaire, conformément à l'engagement pris par le Président de la République dans son discours prononcé à Ouagadougou".

Un campus franco-sénégalais dès le début de l'année scolaire 2019

Lors de sa visite au Sénégal en février 2018, le Président de la République a souhaité que la France et le Sénégal unissent leurs forces pour créer un campus franco-sénégalais. Le 16 novembre, les ministres français et sénégalais de l'Enseignement supérieur ont signé une déclaration commune pour les premières concrétisations de ce futur campus: situé dans la nouvelle ville de Diamniadio, il proposera 17 projets de formation dans les domaines de l'agronomie et de l'agroalimentaire, numérique technologie, renforcement des capacités et formation des formateurs et du secteur tertiaire. Au total, 8 écoles françaises et 12 écoles sénégalaises sont impliquées dans ces cours afin d'accueillir les premiers étudiants et enseignants du Campus dès le début de l'année scolaire 2019.