Football : le printemps des sélectionneurs africains

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Florent Ibenge, le sélectionneur de l’équipe de République démocratique du Congo (RDC), lors d’un match contre la Côte d’Ivoire, à Abidjan, en octobre 2014.
Florent Ibenge, le sélectionneur de l’équipe de République démocratique du Congo (RDC), lors d’un match contre la Côte d’Ivoire, à Abidjan, en octobre 2014. Luc Gnago / REUTERS

La liste des qualifiés pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Cameroun, du 15 juin au 13 juillet 2019, n’est pas encore close, puisque seuls treize des 24 billets disponibles ont été attribués. Et sur ces treize équipes, huit sont entraînées par des étrangers, mais les choses pourraient s’équilibrer d’ici à la phase finale. Car sur le continent, 32 des 54 sélections affiliées à la FIFA sont désormais entre les mains d’un Africain.

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« Le niveau des techniciens africains ne cesse de s’améliorer, les résultats de nombreuses sélections le montrent. Des équipes comme celles d’Algérie, du Mali, de la Tunisie, de la Côte d’Ivoire, du Ghana ou du Gabon font confiance à des locaux », se félicite Constant Omari, le président de la Fecofa, la fédération de football de République démocratique du Congo (RDC). En 2014, il avait ainsi nommé Florent Ibenge pour remplacer le Français Claude Le Roy. Un choix qui lui avait valu de nombreuses critiques, mais qu’il avait défendu mordicus :

« Les supporters et la presse attendaient un étranger renommé. Moi, j’ai voulu donner sa chance à un Congolais, même si Ibenge a obtenu ses diplômes en Europe et qu’il y a travaillé, notamment en France dans des clubs amateurs. En Afrique, il faut faire tomber les barrières sociologues et psychologiques, ne plus avoir de complexe d’infériorité. »

Quatre ans plus tard, Florent Ibenge, qui est également l’entraîneur de l’AS Vita Club de Kinshasa, est toujours sur le banc des Léopards.

Le deuxième poste le plus exposé du pays

A l’instar de la RDC, d’autres fédérations parmi les plus puissantes d’Afrique ont fait le pari de confier à un local le deuxième poste le plus exposé du pays, après celui de chef de l’Etat. Ainsi, Mohamed Magassouba a attendu d’avoir presque 60 ans pour devenir le sélectionneur du Mali, en septembre 2017, après le départ du Français Alain Giresse. Samedi 17 novembre, les Aigles maliens ont obtenu leur qualification pour la CAN 2019 grâce à une victoire au Gabon.

Leur coach, méconnu en Europe, y a pourtant effectué une grande partie de sa formation. Titulaire d’une maîtrise de sciences économiques, il a obtenu son diplôme d’entraîneur sur le « Vieux Continent » et a sillonné l’Afrique avant de se voir confier la sélection de son pays :

« J’ai commencé à entraîner au Mali, à l’AS Hippodrome, mais c’est à l’étranger que j’ai fait l’essentiel de ma carrière, en RD Congo, au Gabon et au Sénégal, avant de revenir dans mon pays, au Stade malien puis en tant que directeur technique national. »

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Mohamed Magassouba insiste sur l’apport des entraîneurs étrangers passés par l’Afrique :

« On doit beaucoup à certains. Ils ont apporté leurs compétences, leur expertise, car ils ont bénéficié d’une très bonne formation. Mais je pense que les écarts sont en train de se resserrer et je suis convaincu que les résultats obtenus par des Africains vont inciter les fédérations à nous faire de plus en plus confiance, même si les étrangers seront toujours les bienvenus. J’espère qu’un jour, on verra plus d’Africains exercer en Europe. »

Moins bien rémunérés que les étrangers

La Confédération africaine de football (CAF) veut améliorer la formation de ses entraîneurs. Des accords ont été signés avec la FIFA et l’UEFA, « car ce que nous souhaitons, c’est que de plus en d’Africains soient formés par des Africains », souligne Constant Omari. Cette volonté de confier à des locaux – ou à des binationaux – les plus hautes responsabilités peut aussi permettre à certains techniciens de se forger une expérience qu’ils n’auraient sans doute pas acquise en Europe.

L’exemple d’Amir Abdou, 46 ans, le sélectionneur des Comores depuis 2014, est l’un des plus significatifs. Né à Marseille, ce Franco-Comorien a joué au niveau semi-professionnel. « Puis j’ai entraîné des clubs amateurs dans la région d’Agen, en occupant parallèlement un emploi municipal. » Les bons résultats des insulaires, ces dernières années, et plus particulièrement ceux obtenus en 2018 lors des qualifications pour la CAN 2019, ont fait grimper sa cote :

« En France, je n’aurais sans doute jamais pu entraîner un club de haut niveau. Le fait d’être sélectionneur et d’avoir contribué aux progrès de l’équipe comorienne me permet d’être un peu plus connu. A l’avenir, cela pourrait m’ouvrir des portes, pour entraîner un grand club africain par exemple. »

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La nomination d’un local plutôt que d’un étranger est aussi parfois liée à des contraintes économiques, puisque ce sont souvent les Etats qui prennent en charge le salaire du sélectionneur. Et les Africains sont toujours moins bien rémunérés que les étrangers, ce que déplore Constant Omari :

« Il arrive encore que des fédérations choisissent un local car il coûtera moins cher. Mais à compétences égales, il faut donner un salaire identique. Si une fédération peut donner 30 000 euros à un Français hors avantages, elle peut en faire autant avec un national. Cette différence de traitement, bien réelle, sera une des prochaines barrières à faire tomber. »

Les coachs locaux désormais majoritaires en Afrique

32 équipes nationales sont entraînées par un Africain : Côte d’Ivoire, Ghana, Algérie, Tunisie, Mali, RDC, Zambie, Cap-Vert, Sénégal, Djibouti, Erythrée, Gabon, Ethiopie, Zimbabwe, Libye, Niger, Botswana, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Tanzanie, Maurice, Somalie, Burundi, Swaziland, Liberia, Namibie, Rwanda, Lesotho, Seychelles, Sao Tomé-et-Principe, Comores, Tchad.

22 sont entraînées par un étranger : Nigeria, Burkina Faso, Cameroun, Guinée, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale, Maroc, Afrique du Sud, Egypte, Gambie, Madagascar, Togo, Angola, Ouganda, Mozambique, Bénin, Malawi, Soudan, Centrafrique, Mauritanie, Kenya, Soudan du Sud.

Alexis Billebault