Jour de vote en RD-Congo entre incertitude et inquiétude

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Entre la crainte de nouvelles violences et des bureaux de vote pas tout à fait prêts dans tout le pays, la présidentielle se tiendra bien le dimanche 30 décembre, après de multiples reports.

« J’ai l’intime conviction que tout va bien se passer dimanche. » Le président congolais Joseph Kabila a assuré que les élections auront bien lieu dimanche 30 décembre en République démocratique du Congo. « Des violences post-électorales ne sont pas à exclure, mais la menace sécuritaire est sous contrôle », a ajouté le président congolais dans une rare interview à un média francophone, Le Monde.

Jamais la RD-Congo n’a connu de transmission pacifique du pouvoir

L’élection présidentielle de ce dimanche 30 décembre doit désigner son successeur à la tête du plus grand pays d’Afrique sub-saharienne qui n’a jamais connu de transmission pacifique du pouvoir. Des législatives et provinciales sont prévues le même jour. C’est avec l’objectif affiché de tenter de désamorcer de nouvelles violences que les candidats et la Commission électorale (Céni) se sont retrouvés samedi 29 décembre à la mi-journée à Kinshasa.

RD-Congo, la fin de la comédie électorale

Au terme de cette journée de discussion en présence – ou sous la médiation – d’observateurs des pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), il a été présenté aux candidats un « acte d’engagement pour la paix » afin de préserver le calme pendant et après le scrutin. « On nous a appelés pour signer un engagement selon lequel nous allons nous comporter correctement avant, pendant et après le processus électoral », a expliqué le candidat d’opposition Martin Fayulu. Il a refusé de signer, comme l’autre candidat de l’opposition Félix Tshisekedi, car les amendements qu’ils ont proposés n’ont pas été pris en compte.

« Le 30, ce dimanche, nous allons tous voter », a promis le président de la Céni, Corneille Nangaa, à l’issue de la réunion. C’est ce qu’il répétait aussi quelques jours avant le report d’une semaine des élections, du 23 au 30 décembre. Il s’agissait du troisième report depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila en décembre 2016.

Des bureaux de vote ne seront pas prêts dans certaines régions du pays

Concrètement les bureaux de vote doivent ouvrir à 6 heures du matin partout en RDC « sans tenir compte de la différence d’heure », selon la Céni. Cela veut dire que les bureaux doivent ouvrir à 4 heures GMT dans l’Est et 5 heures GMT dans l’Ouest dans le seul pays d’Afrique à cheval sur deux fuseaux horaires (2,3 millions de km² et neuf frontières). Les bureaux seront-ils prêts ? Les « machines à voter », branchées et rechargées ? À Kinshasa à 10 h 20 (09 h 20 GMT), le samedi 29 décembre, veille du scrutin, une équipe de l’Agence France-Presse n’a trouvé personne dans trois bureaux de vote, à part la police. Les bureaux étaient encore fermés, le personnel absent.

En RD-Congo, reports successifs et chaos logistique

Près de Mbandaka (nord-ouest), cinq « machines à voter » ont été acheminées dans le centre de vote de Djombo, avec une sixième en réserve. Dans ce centre rural doivent voter les habitants des villages à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, desservis par des routes en très mauvais état, inondées. La RDC a refusé toute mission d’observation électorale européenne ou américaine. Quelques centaines d’observateurs africains (Union africaine, Communauté de développement d’Afrique australe…) sont annoncées pour les opérations de vote qui concernent désormais moins de 39 millions d’inscrits, après le report du vote à Beni, Butembo et Yumbi (1,3 million d’électeurs). Ces 3 villes sont censées désormais voter en mars 2019, alors que les résultats de la présidentielle seront annoncés… le 15 janvier.

Des rédactions ont déploré de n’avoir pas pu renforcer leur petite équipe de journalistes sur place (Radio France internationale, France 24, la RTBF). La Céni affirme que « 67 journalistes étrangers ont été accrédités » pour la couverture des élections dans un pays grand comme l’Europe de l’Ouest. Sur place, tous les envoyés spéciaux n’ont pas obtenu leur accréditation auprès de la Céni nécessaire pour suivre l’installation des bureaux de vote, l’ouverture, le déroulement du vote, le dépouillement…

Inquiétudes sur le dépouillement

La police congolaise a prévenu samedi qu’elle éloignerait « toute personne » qui resterait à proximité des centres et bureaux de vote dimanche soir après leur fermeture.

Le candidat d’opposition Félix Tshisekedi avait encouragé pendant la campagne les électeurs à rester dans les bureaux le jour du vote jusqu’à l’obtention des procès-verbaux pour « éviter la tricherie ». De son côté, la conférence épiscopale (Cenco) a prévu de déployer plus de 40 000 observateurs dans tout le pays.

Dorian Malovic

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