La confusion règne en République démocratique du Congo

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La confusion monte encore en République démocratique du Congo (RDC) ce jeudi, dans l’attente des résultats du scrutin présidentiel du 23 décembre. Confrontée à des problèmes logistiques et sécuritaires, la Commission électorale envisage d’en reporter l’annonce, initialement prévue ce dimanche. L’opposition, qui revendique la victoire face au candidat du pouvoir, l’ex-ministre de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, craint que ce report ne soit mis à profit pour assurer un résultat frauduleux issu des 106.000 machines à voter électroniques, surnommées « machines à voler ».

Un pays au sous-sol fabuleux

L’enjeu est considérable dans le quatrième pays le plus peuplé du continent, surnommé le « château d’eau de l’Afrique », doté de ressources aux premiers rangs mondiaux en or, cobalt, cuivre, nickel, etc. Et où aucune transition pacifique n’a jamais eu lieu depuis l’indépendance en 1960. Le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis l’assassinat de son père en 2001, s’est résigné, avec deux ans de retard sur le calendrier constitutionnel, à ne pas briguer un troisième mandat, sous la pression notamment de l’église, très respectée dans le pays, et de l’Angola et de l’Afrique du Sud.

Mais, souligne Thierry Vircoulon, d’International Crisis Group, Kabila veut continuer à tirer les ficelles dans l’ombre d’Emmanuel Ramazani, au demeurant très peu populaire et sous sanctions de Bruxelles pour son rôle dans des opérations de répression. Signe révélateur et incongru, Joseph Kabila compte choisir comme résidence de retraite… le palais présidentiel lui-même ! Emmanuel Ramazani serait prié d’occuper les bureaux de l’actuel Premier ministre… Le pouvoir n’envisage pas un instant une victoire d’un des deux candidats de l’opposition, Martin Fayulu ou Félix Tshisekedi.

Un des plus bas niveaux de vie

Les sondages anticipaient pourtant un score électoral important pour ces deux candidats, dans un pays où le niveau de vie demeure un des plus bas du continent et gangrené par la corruption. « Il s’agit en fait d’une économie de prédation, au profit des clans au pouvoir, des pays voisins et d’entreprises étrangères », souligne Theodore Trefon, du World Resources Institute. La situation sécuritaire reste aussi problématique, 15 ans après la fin de la guerre civile.

L’Afrique a les yeux braqués sur Kinshasa

Les observateurs de la conférence des évêques, très respectée, et de l’ONG Symocel devaient rendre jeudi soir leurs conclusions sur le déroulement du scrutin et le dépouillement. Ceux de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) et de l’Union africaine ont rappelé que « l’Afrique a les yeux braqués sur Kinshasa » et jugé mercredi que le scrutin s’était déroulé « relativement bien » en dépit de quelques incidents, compte tenu de « l’étendue des défis posés par ces élections ».

Les soupçons de fraudes sont d’autant plus élevés qu’Internet et les réseaux sociaux sont coupés dans tout le pays depuis mardi. Le signal de Radio France international, très écoutée dans le deuxième pays francophone du monde, dont la correspondante s’est vu retirer son accréditation, est aussi coupé depuis mercredi soir. L’annonce des résultats du scrutin suscitera certainement des recours juridiques et des émeutes. La campagne électorale avait déjà provoqué la mort d’une centaine de personnes.

Yves Bourdillon