La médecine traditionnelle chinoise connaît un grand succès en Afrique

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Très présente économiquement en Afrique, la Chine y affirme aussi sa présence par des moyens moins conventionnels. A commencer par sa… médecine traditionnelle, dont le développement menace plusieurs espèces animales du continent. Explications.

Du Sénégal au Kenya, de la Tanzanie au Congo, on voit fleurir des boutiques vendant des pilules, des tisanes, décoctions et autres poudres appartenant à la médecine traditionnelle chinoise (qui, pour les initiés, a son abréviation: MTC). Ce phénomène «souligne l’importance grandissante du “soft power” de la Chine en Afrique», observe l’hebdomadaire britannique The Economist. Par «soft power», expression développée dans les années 1990 par l’universitaire américain Joseph Nye, comprenez notamment «pouvoir d’influence».

Cette forme de médecine est pratiquée depuis des millénaires dans l’ex-empire du Milieu. A tel point que le régime maoïste ne l’avait pas bannie.

Prix Nobel de médecine
La MTC a su prouver son efficacité. Comme le montre l’attribution, en 2015, du Prix Nobel de médecine pour la première fois à une Chinoise, Tu Youyou, pour ses recherches sur le paludisme. Elle ainsi travaillé sur l’artémisinine, extrait d’une plante dont la vertu antipaludéenne est connue dans son pays depuis des lustres. Le produit pourrait permettre de sauver chaque année plusieurs centaines de milliers de personnes.

Mme Tu est ainsi devenue en quelques sorte le chantre des bienfaits de la MTC. Notamment en Afrique où le paludisme fait des ravages. Son implantation est facilitée par la présence sur le continent d’une importante diaspora chinoise, estimée à plus d’un million de personnes. Les Africains étudiant en Chine (ils sont environ 30.000), qui goûtent aux vertus de cette médecine, se font également son porte-drapeau quand ils reviennent chez eux, dixit The Economist.

«La MTC comble souvent les lacunes des systèmes de santé africains et offre aussi des alternatives moins onéreuses», observe le site globalriskinsights.com. De la même façon, ses traitements, notamment contre le paludisme, sont nettement moins chers que les médicaments fabriqués par les laboratoires européens et américains.

La chinoise prix Nobel médecine 2015 Tu Youyou

La chinoise, prix Nobel de médecine 2015, Tu Youyou, félicitée à Pékin lors d’un symposium de la Commission nationale chinoise de la santé et du planning familial le 8 octobre de la même année © REUTERS/China Daily

Le succès est également assuré par le fait que la médecine chinoise et la pratique des guérisseurs africains, auxquels la population du continent est très attachée, présentent des similitudes. «Les deux médecines sont complémentaires», notait ainsi en 2017 le président de l’Association togolaise des praticiens médicaux traditionnels, Kokouvi Apélété, cité par globalriskinsights.com.

16.000 médecins chinois au Mali
L’implantation de la MTC en Afrique ne date pas d’aujourd’hui. Elle a débarqué dès les années 1950 et 1960. Notamment au Mali où travaillent quelque 16.000 médecins chinois. Lesquels ont «appris le bambara pour communiquer avec leurs patients maliens», constate un témoin cité par Le Monde. A la différence de leurs confrères français et russes.

Au Cameroun, Pékin «a construit les hôpitaux de Guider et de Mbalmayo qui sont parmi les plus grands du pays», rapporte le chercheur Hilaire de Prince Pokam dans une étude rédigée en 2011 pour la revue Perspectives Chinoises (Centre d’études français sur la Chine contemporaine). «Les Chinois y ont contribué au développement de services de santé de base à moindre coût. Dans ces cadres, se déploie une médecine mixte, occidentale et traditionnelle chinoise», poursuit-il. D’où sa conclusion: «Bénéfique pour le Cameroun», la MTC constitue dans le pays «une stratégie de puissance pour la Chine».

Dans les années 2000, celle-ci a accéléré le mouvement. En 2000 s’est ainsi tenu à Pékin un forum Chine-Afrique consacré à ce thème, 21 ministres de la Santé africains avaient fait le déplacement. Et l’année suivante, l’OMS en faisait une politique prioritaire pour le continent.

Sa vénérable médecine traditionnelle est également, pour Pékin, une intéressante opportunité… pour son industrie pharmaceutique. Selon globalriskinsights.com, l’Afrique est devenue en 2012 le plus gros débouché pour ses laboratoires à l’étranger. En 2015, le total des exportations de médicaments chinois sur ce marché dépassait 1,5 milliard de dollars par an, affirme Le Monde. Ces exportations augmentaient alors de 10% par an!

Une Chinoise vendant produits médicinaux en Guinée
Une Chinoise en train de vendre des produits médicinaux sur le marché de Kamsar, au nord de Conakry, capitale de la Guinée.
© GEORGES GOBET / AFP

Peaux d’âne

Pour autant, les efforts de Pékin pourraient se trouver entravés par le commerce de faux produits médicaux, notamment de traitements anti-paludéens, qui représenteraient un tiers des médicaments consacrés à cette maladie en Afrique. La plupart sont originaires de Chine ou d’Inde. D’après l’American Journal of Tropical Medecine and Hygiene, cité par l’AFP, 122.000 enfants de moins de cinq ans sont décédés en 2013 en Afrique subsaharienne après avoir pris des anti-paludéens contrefaits. «Les malades pauvres sont plus nombreux sur le continent africain que partout ailleurs dans le monde», note le professeur français Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales.

Dans le même temps, l’image internationale de l’ex-empire du Milieu est entachée, par le recours dans sa médecine traditionnelle à des produits tirés d’espèces animales: cornes de rhinocéros, écailles de pangolin, os de tigre, peaux d’âne… Conséquence d’une demande croissante qui passe par le braconnage et le marché noir, ces espèces sont menacées d’extinction.

En la matière, l’attitude chinoise est ambivalente. En 2017, le gouvernement de Pékin interdisait le commerce et la transformation de l’ivoire. Mais en octobre 2018, il revient sur l’interdiction, prise en 1993, des produits issus du tigre et du rhinocéros. Avant de faire marche arrière face aux protestations internationales. «Quand la Chine s’engage contre le braconnage des animaux africains, les effets sont immédiats», commente Le Monde. Qui ajoute: «Mais son laxisme à appliquer une interdiction totale du commerce des espèces protégées montre que rien n’est acquis.»

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