L’Afrique et la Chine sont exposées à Genève. Retour sur trois réussites de 2018

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Le MEG propose pour quelques jours encore ses “Religions de l’extase”. Le Musée Barbier-Mueller révèle un art inconnu du Bénin. La Fondation Baur se penche due “Mille ans de monochromes”.

L’une des deux religieuses noires qui font l’affiche du MEG.

Crédits: Fabrice Monteiro, MEG Genève 2018

Besoin d’exotisme? Vous avez à Genève
trois expositions sous la main, ou plutôt à portée des yeux. Je
sais que le mot est aujourd’hui mal vu. L’exotisme a fait place à
l’ethnographie, puis à l’altérité. Cette manie de changer les
mots, comme si la chose allait transformer les choses… Ce n’est
bien entendu pas le cas. Et pour tout dire, il m’arrive de trouver
les Vaudois très exotiques.

Il vous faut d’abord aller au MEG. Les
religions de l’extase
tirent à leur fin. Le soir du 6 janvier, ce
sera fini. L’Afrique sera emballée pour se retrouver à Nantes.
L’espace sera modifié pour laisser place à une présentation
européenne en mai 2019. Elle se verra dédiée au contes s’adressant
aux grands enfants que nous restons tous. J’ai consciencieusement
revu «Les religions de l’extase» il y a quelques jours. Mon regard
a changé. Je gardais le souvenir d’une exposition bourrative, avec
un sujet trop riche pour mille mètres carrés. Vous pensez…
L’islam, le christianisme, le judaïsme, l’animisme, plus leurs doux
mélanges, cela fait tout de même beaucoup. Est-ce parce que je
connaissais le parcours? Celui-ci m’a paru plus limpide en seconde
vision. Le fait d’avoir lu une fois les étiquettes m’a permis de
mieux regarder les objets, dont certains se révèlent fort beaux. Il
y a aussi un bon usage de la photo. J’ai noté au passage qu’à force
de voir sur des murs genevois les deux religieuses de Fabrice
Monteiro sous forme d’affiches, celles-ci ont acquis un statut
d’icônes. Comme cela, au moins, on ne sort pas des lieux de culte!
(www.ville-ge.ch/meg).

En Vieille Ville, l’Afrique du Musée
Barbier-Mueller possède à la fois un aspect artistique et un
contenu scientifique. C’est beau et c’est sérieux. Visible jusqu’au
26 mai, Asen: Mémoires de fer forgé ne fait pas exception à cette
règle. Il s’agit à la fois d’une étude poussée de l’Américaine
Suzanne Preston Blier et d’un ensemble exceptionnel de sculptures
acquises sous forme de lots par Jean-Paul Barbier-Mueller, alors que
ces œuvres pourtant fascinantes n’intéressaient personne. Cet art
vodun du Danhomé (qui ne se trouve pas au Dahomey, mais au Bénin)
ressemble à de petits parasols. D’habiles forgerons ont fixé sur le
plateau une représentation évoquant la vie du mort, ou
éventuellement de la morte. Les exemplaires présentés ici, avec
une science consommée de la mise en scène, datent de la fin du
XIXe siècle ou des débuts du XXe. La visite peut se prolonger dans
les caves, dont la présentation n’a pas bougé. Je viens de
vérifier. Il y a là une accumulation de chefs-d’œuvre.
(www.musee-barbier-mueller.org)

C’est la Chine que le visiteur
retrouve comme de coutume à la Fondation Baur. Une Chine monochrome.
Le pays a derrière lui une longue tradition de pièces enduite d’une
seule couleur, au nom poétique. Le musée avait d’ailleurs déjà
monté une autre présentation sur ce thème, en partenariat avec le
Mamco. Cette fois, il accueille une prestigieuse collection venue de
Hongkong. Il s’agit du Zhuyuetang (Pavillon du bambou et de la lune),
créé par Richard Kan. Mille ans de monochromes se retrouvent au
sous-sol, avec une accent porté sur les deux dernières grandes
dynasties, celle des Ming et des Qing. Ce florilège se voit placé
en regard de pièces naguère rassemblées par Alfred Baur. Soyons
justes. Comme je l’ai à nouveau constaté hier, la fondation
genevoise s’est effacée devant son hôte, qui fourni le trois quarts
des poteries présentées jusqu’au 3 février. Il faut dire qu’il y
en a trop par rapport à la modeste taille des vitrines. On n’est pas
ici chez Globus! La vision du visiteur en souffre un peu.
(www.fondation-baur.ch/fr
)

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