Le dossier Habré ne semble pas prioritaire pour N’Djamena (repésentant de victimes)

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Une semaine après la création d’un fonds pour les victimes de Hissène Habré, un de leurs porte-voix, Clément Abaïfouta, regrette l’impunité apparente dont bénéficient au Tchad les ex-proches de l’ancien président condamné en 2016 à la prison à vie pour « crimes contre l’humanité », 

Représentant de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH), M. Abaïfouta a passé quatre ans dans les geôles de l’ex-dirigeant tchadien (1982-1990). Très actif lors du procès Habré à Dakar, il se sait en danger à N’Djamena où il a accordé un entretien à l’AFP.

Q: Des anciens proches de Habré ont été jugés et condamnés au Tchad en 2015. Qu’en est-il aujourd’hui?

R: Ces gens-là sont toujours dehors, leurs biens n’ont pas été saisis alors qu’ils ont été condamnés! Il s’agit de la vingtaine d’ex-agents de la police politique de Hissène Habré, la Direction de la documentation et de la Sécurité (DDS) qui avait été condamnée par la Cour criminelle tchadienne pour « actes de torture » le 25 mars 2015.  

La Cour avait aussi reconnu l’État tchadien civilement responsable. Les condamnés et l’Etat doivent encore verser 75 milliards de francs CFA (environ 114 millions d’euros) en réparation aux 7.000 parties civiles. 

En 2015, 2016, 2017, nous (l’association des victimes) avons écrit au ministre de la Justice. Sans suite. On voit que le « dossier Habré » ne semble pas être une priorité pour le gouvernement tchadien… 

Et puis, il n’y a pas eu d’autres poursuites pour d’autres proches de Habré, alors que le juge avait déclaré en 2015 que le dossier ‘reste ouvert’.

Autre exemple de manque de volonté politique: N’Djamena aurait dû construire une stèle pour les victimes. L’ancien siège de la DDS aurait dû devenir un musée. Rien de tout cela n’a été fait depuis.

Q: De quel montant dispose le fonds pour les victimes créé début février?

R: Ce fonds est le résultat d’une longue lutte, mais aujourd’hui, il n’a pas d’argent.

Encore une fois, nous regrettons que le Tchad ne se soit pas positionné sur le sujet car les Etats peuvent apporter une contribution volontaire au fonds.

Hissène Habré a été condamné à verser 82 milliards de FCFA (environ 123,8 millions d’euros) aux victimes. Encore faut-il trouver cet argent. Le tribunal a déjà saisi une maison et deux comptes en banque d’une valeur totale de 500.000 euros. 

Mes espoirs se placent plutôt du côté de l’Union africaine (UA) qui a envisagé une contribution.

Au total, plus de 7.000 victimes devraient recevoir réparation: 20 millions de FCFA (30.500 euros) pour les femmes violées, 10 millions (15.250 euros) pour les veuves et orphelins, 15 millions (22.900 euros) pour les rescapés comme moi qui ai passé 4 ans dans les geôles de Habré.

Q: Comment jugez-vous le Tchad d’aujourd’hui?

R: Le Tchad n’a pas trop changé depuis l’époque de Habré. Les militaires font toujours la loi, c’est le fond du problème.

Ce sont les mêmes qui ont travaillé dans la machine de répression sous Habré, qui se retrouvent à l’Agence nationale de sécurité (ANS), similaire à la DDS.

Depuis quelques semaines, les Tchadiens manifestent leur mécontentement à travers quelques manifestations et des grèves et on assiste à ce qui s’est passé sous Habré. 

La semaine dernière par exemple, des policiers ont pris mes voisins dans leurs chambres. Ils avaient participé à une manifestation.

Sous Habré ce qui m’avait marqué c’était la brutalité. On pouvait venir enlever toute une famille sans raison aucune ou parce qu’un proche était dans l’opposition, comme ce fut mon cas. Maintenant c’est simplement un peu plus « sophistiqué ».

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