Pétrole: la Libye perd des milliards de dollars en raison des violences

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Le patron de la compagnie nationale de pétrole (NOC) Mustafa Sanallah déplore, dans un entretien à l’AFP, des milliards de dollars de pertes en raison des violences dans le Croissant pétrolier, mais il se dit confiant dans le potentiel du secteur.

Question: A combien estimez-vous les pertes en termes de ventes?

Mustafa Sanallah: « Les attaques contre les installations pétrolières coûteront des centaines de millions de dollars pour la reconstruction et des milliards de pertes d’opportunités de ventes.

La production a été réduite de 450.000 b/j ainsi que de plus de 70 millions de pieds cubes/jour (2 millions de m3/jour) de gaz naturel, ce qui équivaut à 33 millions de dollars de ventes (en moins par jour) selon les prix du marché ».

Des attaques irresponsables comme celles-ci entraînent des pertes pour la NOC et, en fin de compte, pour le peuple libyen. 

Q: Comment pensez-vous sécuriser ces installations de façon permanente pour prévenir les risques futurs?

R: « Afin d’être à l’abri des conflits, les installations et infrastructures pétrolières doivent être protégées des visées des opportunistes politiques. Nous devons mettre en place d’une force de sécurité qui inclut tous les Libyens, qui soit contrôlée (…) par un gouvernement librement élu par le peuple libyen. Ceux qui cherchent à perturber les opérations de la NOC ou à prendre en otage ses sites pour leur propre profit devraient être considérés pour ce qu’ils sont: des criminels ».

Q: Quelles sont les perspectives à court et à long terme pour le secteur pétrolier libyen dans ce contexte d’insécurité:

R: « La NOC a réussi à maintenir sa neutralité au cours des deux dernières années et a augmenté sa production malgré un environnement opérationnel très difficile. Nous continuerons à travailler pour le bénéfice de l’intérêt national, à augmenter la production dans la mesure du possible et à faire en sorte que les recettes pétrolières et gazières soient équitablement réparties.

Sur le long terme, si nous parvenons à protéger la NOC des problèmes politiques et sécuritaires auxquels nous sommes confrontés, que ce soit à travers des élections (…) et nous sommes confiants que la production atteindra nos prévisions, soit 2 millions de b/j en 2022. 

Le secteur pétrolier libyen reste attractif pour les compagnies internationales.(…) Nous avons d’importants gisements pétroliers pas encore exploités et nous maintenons notre 8e rang mondial des plus grandes réserves prouvées.

(…)

Toutefois, nous continuons à insister pour que nos opérations et nos infrastructures soient à l’écart des rivalités politiques. Les ressources naturelles libyennes et les revenus pétroliers et gaziers doivent servir de catalyseur pour la reconstruction et la prospérité nationale, et non pour alimenter les conflits.

Q: Le secteur pétrolier est menacé aussi par une contrebande à grande échelle. Les autorités libyennes sont-elles capables d’endiguer ce trafic?

R: « Toutes seules, les autorités libyennes ne sont pas en mesure de venir à bout de ce phénomène dont l’ampleur est choquante. L’insécurité qui règne en Libye et l’absence d’un système judiciaire efficace entravent la lutte contre la contrebande de carburant. Les trafiquants pensent pouvoir opérer en toute impunité. Le pays perd plus de 750 millions de dollars par an à cause de la contrebande de carburant.

En réalité, éliminer cet obstacle qui ralentit la relance (de l’économie) nationale, devrait se traduire par la suppression des subventions (des carburants) et nécessite une coordination avec nos partenaires internationaux, comme l’Union européenne, l’ONU et nos voisins ».

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