Présidentielle en RDC : pourquoi la majorité des candidats n’a pas fait campagne

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Alors que la campagne électorale pour la présidence de la RDC a pris fin le 21 décembre à minuit, , très peu de candidats ont battu campagne, notamment en dehors de Kinshasa. Pour expliquer ce phénomène, certains invoquent des raisons financières, d’autres les difficiles conditions de sécurité, quand ils ne dénoncent pas un scrutin favorable au candidat du président sortant, Joseph Kabila.


Assise dans un fauteuil encadré par des drapeaux, Marie-Josée Ifoku reçoit dans sa résidence à Kinshasa, sous haute protection policière depuis quelques jours. Les frontières de la capitale, la seule femme candidate à la présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) ne les a jamais franchies pour battre campagne.


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« Depuis le début de la campagne, il n’y a eu que des entraves contre moi et à l’encontre d’autres candidats de l’opposition », dénonce la candidate de 53 ans, sans pour autant regretter d’avoir versé au Trésor public les 100 000 dollars de caution.

Peu de candidats dans les provinces

Dans un pays qui manque cruellement d’infrastructures routières et où plusieurs zones sont inaccessibles, battre campagne peut vite relever du défi. Pour parcourir les 26 provinces congolaises, « il faut plusieurs millions de dollars », souligne Marie-Josée Ifoku. « Pourquoi utiliser cet argent alors que nous savons très bien qu’il y aura le chaos et que le vainqueur est déjà connu ? », s’interroge-t-elle, en faisant référence au dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary.

Vingt-et-un candidats sont en lice pour succéder à Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001. Cinq candidats se sont ralliés aux opposants Martin Fayulu, le candidat de la coalition « Lamuka », et Félix Tshisekedi, qui forme un ticket avec Vital Kamerhe. Ces trois dernières semaines, seuls quatre candidats ont battu campagne à travers les provinces. Le candidat de la coalition au pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, a parcouru 25 provinces, alors que le tandem Tshisekedi-Kamerhe a battu campagne dans 14. Soutenu par d’autres ténors de l’opposition – dont Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba –, le candidat Martin Fayulu a fait le tour d’une quinzaine de provinces. Autre candidat : Samy Badibanga. Celui-ci s’est envolé dans la région du Kasaï en début de semaine afin de convaincre ses électeurs.

C’est illogique de continuer à dépenser notre argent

« Les gens qui battent campagne aujourd’hui ne manquent pas de ressources », croit savoir Alain Daniel Shekomba, un candidat indépendant, joint par Jeune Afrique. Mais ce n’est tant l’absence de moyens que  les questions de sécurité que ce jeune informaticien met en avant pour expliquer son absence des provinces : « J’ai pris la route pour Matadi [au centre du pays, ndlr] mais on a mis des voyous sur mon trajet. Si je suis attaqué là-bas avec mes équipes, comment cela se passera-t-il à Kisangani ? », s’interroge-t-il.

C’est « illogique de continuer à dépenser ses moyens », selon Alain Daniel Shekomba, pour qui « ces élections sont un transfert de pouvoir entre Kabila et son dauphin ». « Quand on est venu, on a cru que le processus était libre. On a alors dépensé de l’argent parce qu’on voyait l’espoir de la population qui veut un changement ».

De son côté, Seth Kikuni, le plus jeune des 21 candidats retenus, a été le premier à déposer son dossier fin juillet au siège de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), à Kinshasa. Cet entrepreneur de 36 ans, sans expérience politique, s’est contenté d’imprimer quelques affiches, que ses équipes ont ensuite affichées dans certaines rues de la capitale. Le jeune commerçant ne veut plus dépenser un seul centime de sa poche. Et pour cause : « Une fois que vous vous engagez, c’est votre argent que vous mettez en jeu. On n’y va pas pour le plaisir d’y aller. On est prudent », explique le candidat qui n’a pas passé les frontières de Kinshasa.

Doutes sur l’organisation

Seth Kikuni, rencontré par Jeune Afrique avant la décision de la Ceni, plaidait déjà pour un report, qui « éviterait d’avoir des élections bâclées ». À quelques jours des scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux, et malgré le report d’une semaine de ces votes, le candidat ne voit toujours pas comment la commission électorale pourrait déployer les procès-verbaux dans les 75 781 bureaux de vote repartis dans 26 provinces et configurer les machines à voter.


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Et alors qu’il souhaitait que « l’opération de vote soit repoussée de deux semaines », la Ceni a tranché pour sept jours – avec un scrutin au 30 décembre. « Et le report de la date de la fin de la campagne électorale n’a pas suivi », déplore Seth Kikuni, qui réclame toujours à la Ceni « des garanties sur certaines questions, notamment sur la machine à voter et sur la liberté de mouvements des candidats ».

« Les petits candidats ne se sont présentés que pour sortir de cette élection avec une rente de situation en tant qu’anciens candidats à la présidence de la République », affirme de son côté Alain-André Atundu Liongo, le porte-parole de la Majorité présidentielle (MP). Les contraintes aux déplacements, si elles existent, sont « financières », selon lui.