RDC/Elections: des désordres dès le matin et une tension croissante

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Même amputés officiellement d’une partie de leur électorat, les scrutins présidentiel et législatifs se sont déroulés dans un désordre certain, dimanche. Alors que Beni, Butembo (Nord-Kivu) et Yumbi (Maï-Ndombe) étaient exclues du vote, la société civile a organisé l’élection à Beni. Ailleurs, les informations parvenues à La Libre Afrique.be, rapportaient divers cas d’irrégularité. Certaines pourraient être dues à la mauvaise organisation de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), d’autres sont clairement volontaires et créaient par endroits une forte tension.

Ainsi, le média congolais Actualités.cd indiquait dimanche matin que le gouverneur du Kasaï oriental (centre du pays), Ngoy Kasanji (pro-Kabila), était intervenu auprès des électeurs faisant la queue pour voter à Mbuji Mayi, au complexe Mulami Muimpe, distribuant de l’argent en leur demandant de voter pour les candidats de la coalition kabiliste FCC. Des pratiques identiques sont rapportés à La Libre Afrique.be à Kalima (Maniema, centre-est), où le gouverneur a.i. Pascal Omana Bitika passait ce matin dans les bureaux de vote avec de l’argent, ainsi qu’Hervé Katchelewa, de l’Api (parti de la coalition kabiliste).

Machines à voter en panne… ou déjà pleines

Il y a aussi les machines à voter qui ne fonctionnent pas. A l’Institut de Bagira (Bukavu – Sud-Kivu, à l’est du pays), trois machines à voter sont tombées en panne après moins de deux heures de fonctionnement. A Dimbelenge (Kasaï-central, centre), les machines à voter ne fonctionnaient pas du tout, les agents de la Ceni ayant « oublié le mot de passe », selon la source. A l’Institut Bosembo d’Idiofa (Kwilu, ouest), on nous informe qu’une machine à voter (qui peut normalement accueillir 600 votes) était déjà remplie au début du vote; les électeurs n’ont pu l’utiliser. A Masi Manimba (Kwilu), les machines à voter étaient bloquées et les batteries à plat à l’ouverture des bureaux. Au centre de vote Imani Panzi, à l’UEA Bukavu (Sud-Kivu), seuls 8 des 32 bureaux de vote disposaient de machines à voter.

Vers 8h du matin, au site de vote Tanganyika, à Goma (Nord-Kivu, est), une machine à voter a été emportée par un homme qui s’est enfui à l’arrière d’une moto qui l’attendait (voir photo ci-dessous, prise par une de nos sources). Selon Actualités.cd, un chef de centre a été tabassé parce qu’il voulait sortir avec la machine à voter à l’école Sola Gratia de Kananga (Kasaï-central, centre du pays, ensanglanté en 2016-2017 par la révolte Kmwina Nsapu et la terrible répression menée par Emmanuel Ramazani Shadary, aujourd’hui candidat officiel à la Présidence); la police est intervenue et le vote a été suspendu.

Arrêté avec 21 cartes d’électeurs à Bukavu

A Rutoboko (Goma – Nord-Kivu), les électeurs ont reçu les bulletins de vote de Rutshuru, pas ceux de Goma.

Dans la capitale du Nord-Kivu, des centres de vote ont été déplacés, ce qui empêchait les gens de voter puisque leur nom ne se trouve pas sur les listes électorales; ils devaient attendre une dérogation. Cela encombrait les bureaux de vote, où les électeurs ne pouvaient pénétrer.

A l’école Les Volcans, à Goma, des électeurs n’ont pas trouvé leur nom sur les listes; certains les ont retrouvés sur des listes déchirées, jetées dans des poubelles à l’arrière du bâtiment. Interrogé par les électeurs furieux, un responsable local de la Ceni a expliqué que ces listes portaient de « faux numeros ». Ces électeurs attendaient les « bonnes » listes pour pouvoir voter.

Au centre de vote Tumaini d’Ibanda (Bukavu, Sud-Kivu), un homme a été attrapé en milieu de matinée avec 21 cartes d’électeurs.

Témoins de l’opposition écartés

La coalition d’opposition Lamuka, qui présente Martin Fayulu pour la Présidence, s’est plainte de ce que ses témoins n’aient pas tous reçu leur accréditation pour la Grand Katanga. Et ceux qui l’ont reçue n’ont parfois pas été admis – comme dans le quartier populaire, pro-Lamuka – de La Kenya; on les a fait attendre dehors en assurant qu’il y avait trop de monde dans les bureaux, les empêchant ainsi d’observer.

A Kisangani (Tshopo, nord-est), on signale que, dans plusieurs bureaux de vote, seuls les témoins de la coalition kabilste FCC ont pu entrer; les autres étaient empêchés de pénétrer dans les lieux par des militaires. Même nouvelle en provenance de Mbandaka (Equateur, ouest), où on déplorait également des dysfonctionnements des machines à voter, dont une partie ne fonctionnait pas du tout.

A Mahagi (Ituri, nord-est), on signale qu’on enregistre un temps de jusqu’à 10 minute par électeur pour voter, en raison de l’utilisation des machines à voter.

Dans la capitale, pluie et confusion

Au Collège St-Victorien de Masina (Kinshasa), une dizaine de témoins étaient ce matin empêchés de pénétrer dans le centre de vote par la police, sous prétexte qu’ils doivent attendre que « les bureaux de vote soient dégagés »; ils ne peuvent donc assister aux opérations comme prévu.

Toujours dans la capitale, le centre de vote de l’avenue des Canas à Limete – fief de Tshisekedi – ne fonctionnait toujours pas à 11h45, rapporte une source, et à celui du Collège St-André, seule une partie des bureaux de vote travaillaient – apparemment par manque de machines à voter.

A la Nsélé (Kinshasa), beaucoup de listes d’électeurs ont été affichées en retard; là aussi, nombre d’électeurs ont vu leur centre de vote déplacé. Voter prend plus de temps qu’annoncé par la Ceni et nombre d’électeurs craignaient de ne pouvoir entrer avant la fermeture des bureaux de vote. Au centre de vote « Les Chérubins », un jeune homme a été arrêté avec plusieurs bulletins indiquant un vote en faveur du candidat à la Présidence numéro 13, Shadary, le dauphin du président sortant.

A Mombele (Kinshasa), on signale que les machines à voter étaient bien en place, mais pas les bulletins.

A noter également que, depuis samedi, tous les grands panneaux publicitaires pour les candidats à la présidentielle ont disparu du centre de Kinshasa, sauf… ceux du candidat officiel Shadary, très nombreux, désormais seuls à chercher à influencer les électeurs.

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