RDC: plus d’une trentaine des morts en Ituri dans des violences intercommunautaires

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La reprise des violences communautaires en Ituri, qui avaient entraîné une opération militaire inédite de l’Union européenne en 2003, s’est soldée par au moins 30 morts dans cette province du nord-est de la République démocratique du Congo.

La province de l’Ituri et son chef-lieu Bunia se sont brutalement rappelés à la mémoire des Congolais et de leurs partenaires internationaux avec une nouvelle flamblée de haine entre Hema éleveurs et Lendu agriculteurs.

Au moins 23 membres de la communauté Hema ont été « massacrée » depuis vendredi, selon le communiqué de presse d’un de leur porte-parole, Hadji Ibrahim Ruhigwa Bamaraki, qui dénonce « une agression terroriste ».

Il déplore aussi douze personnes « grièvement blessées », et des « centaines de maisons incendiées dans plusieurs villages ». Sa communauté a appelé à « deux jours de deuil » lundi et mardi, avec arrêt de « toutes les activités » commerciales.

Une source officielle de la région ne souhaitant pas être citée a confirmé à l’AFP ce bilan, ajoutant qu’une dizaine de combattants du groupe rival, les Lendu, ont aussi été tués.

« Quatre autres personnes sont mortes ce matin (lundi). Un capitaine de la police, atteint par balle, a succombé à ses blessures », a ajouté cette même source, précisant que les quatre civils appartenaient à la communauté des Hema.

– « Nus et en silence » –

L’ONG Caritas évoque aussi « plus de 30 morts enregistrés » dans ce « massacre en territoire de Djugu ». L’ONG décrit la « méthode d’attaque » des « combattants Lendu »: « Ils viennent nus et en silence. Ils incendient les cases, emportent des biens et éliminent les personnes visibles et celles qui leur résistent ».

La force de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) « va mener une mission de reconnaissance aérienne pour avoir une idée précise de la situation », a déclaré à l’AFP sa porte-parole Florence Marchal.

Les violences en Ituri représentent l’un des nombreux conflits qui déchirent l’est de la RDC, en plus des conflits dans les deux provinces voisines du Nord et du Sud Kivu.

En 1999, un conflit foncier avait dégénéré en massacres entre Hema et Lendu, qui avaient alors chacun une branche armée et des miliciens. Les combats, qui portaient sur le contrôle de cette région riche en or, avaient fait plus de 60.000 morts et 600.000 déplacés, selon Human Rights Watch.

En juin 2003, cette violence avait déclenché l’intervention d’une force militaire de l’Union européenne sous commandement français, Artémis. Une des toutes premières opérations à s’inscire dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

Un programme volontaire de désarmement avait permis la démobilisation de plus de 15.000 miliciens (dont plus de 5.000 enfants-soldats).

– Foyers de tensions –

Des chefs de guerres avaient été jugés et condamnés par la Cour pénale internationale ou par la justice militaire congolaise.

Mais même atténuées, les violences perdurent avec la présence des Forces de résistance patriotiques en Ituri (FRPI), milice créée fin 2002 avec un soutien ougandais. Des nombreux membres originaires des ethnies Lendu et Ngiti sont soupçonnés d’avoir participé à des massacres à caractère ethnique dirigés contre les Hema.

Elu du Nord Kivu voisin, le député d’opposition Juvenal Munubo souligne que l’Ituri est resté un « terreau favorable à des violences, parce qu’il n’y a pas eu de vraies actions de réconciliation entre les Lendu et les Hema ».

« On s’approche des élections et il y a des foyers de tensions partout dans le pays, au Kasaï, dans les Kivus et maintenant il y a regain des violences dans l’Ituri. Il faut demeurer vigilant et prudent », poursuit ce député membre de la commission de Défense et sécurité à l’Assemblée nationale.

« Les feux sont allumés un peu partout en même temps: au Kasaï (centre), à Beni (est) et maintenant en Ituri, pensez-vous que c’est un fait du hasard? », se demande sous le couvert de l’anonymat une religieuse membre de la communauté Hema.

Cartitas demande à « l’Etat congolais » de jouer « convenablement son rôle régalien de protéger les civils et leurs biens » et de rechercher « les coupables ».

Le climat politique est très tendu en RDC où une série d’élections dont la présidentielle sont prévues en décembre 2018. L’opposition accuse le président Kabila dont le mandat s’est achevé le 20 décembre 2016, de chercher à se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible. 

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