[Tribune] Élections présidentielles au Sénégal: quand Abdoulaye Wade joue avec le feu

      Commentaires fermés sur [Tribune] Élections présidentielles au Sénégal: quand Abdoulaye Wade joue avec le feu

Appelant à brûler du matériel électoral et à boycotter l'élection, l'ancien président Abdoulaye Wade est le seul à avoir défendu la politique de la terre brûlée. Dans la soirée du 24 février, il pourrait se brûler les ailes …

Depuis son retour au Sénégal le 7 févrierQuelques jours avant l'élection présidentielle, Abdoulaye Wade a tiré tout le bois, fasciné par les flammes et les explosions que son champ lexical, ouvertement incendiaire, reflète à chaque intervention.

Dans une vidéo enregistrée chez lui à Versailles, en région parisienne, diffusé à la veille de son retour, l'ancien président sénégalais (2000-2012) prédit une prochaine "explosion" parmi ses compatriotes, qu'il attribue à son successeur et ancien Premier ministre, Macky Sall: "J'aimerais vous rappeler que le [peuple] Les Sénégalais sont un peuple pacifique. Mais il peut être violent … très violent. "

Remède de grand-mère

Et "Gorgui" [« le Vieux », en wolof] de faire de sombres prédictions: "Souvenez-vous de ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, avec plus de 3 000 morts, au Burundi, avec plus de 2 000 morts, en Guinée, avec 150 morts, au Togo, entre 400 et 500 morts. Le Kenya, le Nigeria et la RDC (…) Imaginer que ce qui s'est passé ailleurs ne peut se produire au Sénégal est une naïveté touchante. "

Pour éviter à son pays l'apocalypse, "Mame Boye" [Grand-Père] prescrit un recours de grand-mère: rendre impossible "cette élection est un instrument de confiscation du pouvoir". Et d'ajouter sagement que son slogan était "pacifique" et que "tout resterait dans les limites de la légalité".

"Brule les! "

Le lendemain soir, la décoration a changé, ainsi que le ton. Au siège national du Parti démocratique sénégalais (PDS) à Dakar, Abdoulaye Wade expose son plan d'action: "Vos cartes d'électeur sont frauduleuses! Vous devez les brûler et éviter de les utiliser. Brûlez celles de votre famille! Il a dit aux partisans qui est venu le saluer. "Les listes électorales des bureaux de vote traitent également de fraude. À partir de samedi, rendez-vous aux bureaux où il y aura des votes. Enlevez ces bulletins, brûlez-les, afin que nous puissions organiser d'autres élections ", ajoute-t-il.

Sa promesse d'avant-jour – paix et légalité – s'est effondrée. Pour l'ancien opposant historique qui est devenu président, en l'absence du candidat officiel du PDS à l'élection – son propre fils Karim, dont la candidature a été invalidée par le Conseil constitutionnel – un seul programme est maintenant à l'ordre du jour: la autodafé.

Il suffit de prendre un peu d’essence pour graver la liste des électeurs

L'acte III a lieu quelques jours plus tard, au même endroit, à l'occasion d'un comité de pilotage du PDS ouvert à la presse. Cette fois, Abdoulaye Wade apporte une précision méthodologique – et légale: "Nous décidons d’attaquer les bureaux de vote afin qu’il n’y ait pas d’élection. Prenez juste un peu d’essence pour brûler la liste des électeurs. Et ce n’est pas un crime. Ce sont des bulletins de fraude, qui participent à un système de fraude. Les citoyens ont le devoir de les détruire. "

Pousser les autorités à reprocher

Aussi spectaculaires qu'ils puissent paraître, les propos du patriarche de la vie politique sénégalaise n'ont pour le moment provoqué aucune étincelle dans le pays. Dans le camp présidentiel, nous sommes trop familiers avec la roue du XIXe siècle pour tomber ensemble dans le piège tendu. Par ses provocations répétées, Abdoulaye Wade espère évidemment pousser les autorités à la faute, en le convoquant par exemple par la police. De la ministre de l'Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, au porte-parole du gouvernement, Seydou Guèye, les principaux ténors du gouvernement ont donc rappelé discrètement, ces derniers jours, ces deux faits évidents: l'élection se tiendra comme prévu le 24 Février; l'appel à l'insurrection est punissable par la loi.

Plus inquiétant pour Abdoulaye Wade – qui essaie évidemment de faire revivre la période où, adversaire emblématique du régime socialiste, il pourrait, en une phrase, lancer ses troupes pour attaquer le Palais de la République -, voici ceci: ni ses alliés ni l'opposition ni la société civile n'est prête à lui fournir des briquets ou des allumettes pour mettre en œuvre son projet en pyromane.

C'est seulement Abdoulaye Wade de dire une chose pareille

Si aucun d’eux ne le formule de front, à cause du respect dû à ce personnage qui a marqué l’histoire politique du pays pendant un demi-siècle, pas plus Idrissa Seck que Ousmane Sonko, El Hadji Issa Sall ou Madické Niang n’ont pas l’intention de boycotter l’élection, et encore moins d’appeler leurs partisans à brûler du matériel électoral. Quant à Y en a marre et les grandes organisations de la société civile, leur message est clair: "Ce sont les vieux" vieux ". Demandez aux Sénégalais de brûler leurs cartes parce que son fils n'est pas candidat, c'est seulement Abdoulaye Wade de dire une telle chose", résume Fadel Barro , Y en a marre, appelant ses compatriotes à se rendre massivement aux urnes.

Fauteuil vide

Quant aux citoyens actifs sur les réseaux sociaux, ils savourent leur victoire: avoir permis, dans certains tweets insistants, un débat entre les candidats du premier tour – à l'exception de Macky Sall – être prêt à jouer au jeu de # SunuDebat. Pour eux non plus, pas question de brûler leur carte d'électeur.

Si personne ne sait qui remportera le scrutin le soir du premier ou du second tour, il est plus facile de prédire qui risque de se brûler les ailes. En persistant dans la stratégie de la chaise vide – pour la première fois depuis 1978, le PDS n'a pas de candidat à la présidence et il n'en soutient aucun – et en préconisant un boycott incendiaire du scrutin, ce qu'il reste du parti créé par Abdoulaye Wade minimise ses chances de prendre avantage de la présidentielle, après sept ans de traversée du désert.