[Tribune] Nos Etats ont tort de ne pas favoriser la participation d'une société civile africaine libre

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L'absence d'un débat public libre, respectueux, constructif et non insensible continue de représenter l'un des déficits structurels empêchant le développement de notre continent.


Le débat public est à la base de toute négociation démocratique. C’est l’une des conditions de la responsabilité, un moteur pacifique du développement qui a besoin, pour être durable, de la paix et de l’équité. Ce débat public ne peut être possible sans la liberté d'expression et sans la garantie de contre-pouvoirs démocratiques. L'absence ou l'instrumentalisation de ce débat, en le censurant et en imposant le même logiciel et la même pensée unique, tue dans l'œuf toute tentation d'esprit critique ou d'intelligence collective. Cette méthode a longtemps été utilisée pour gouverner plus facilement par la peur, où le développement a besoin de créativité, de liberté de création et d’appropriation constructive d’un destin commun.


>>> LIRE – Aadel Essaadani, président de Association racines


Malgré la volonté ostentatoire de nos dirigeants de démocratiser les sociétés africaines, la résistance culturelle aux changements nécessaires à l'instauration d'une véritable culture démocratique persiste. Parce que tant que cette liberté d'expression, nécessaire à toute évaluation démocratique, n'est pas garantie, les résultats ne pourraient être différents en conservant les mêmes ingrédients (censure, corruption, impunité, gaspillage de fonds publics, manque de services publics, lois liberticides, etc.). etc.). Faut-il voir, dans les déclarations d'intention de nos politiques, un simple outil de communication internationale, une négligence ou un vrai cynisme politique?

Ces "petits détails" qui minent la démocratisation

Et pourtant, de nombreux pays africains ont créé des institutions nationales pour la défense des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la lutte contre la corruption … Ils ont ratifié tous les pactes, conventions et traités internationaux, ou presque.

Les promesses des dirigeants, même sincères, ont besoin d’être efficaces, de sauvegardes, de rappels et de veiller au quotidien pour garantir l’application des règles fondamentales à un développement durable. Nous continuons à nous habituer, dans nos pays, aux "petits" détails qui compromettent toute véritable marche vers des sociétés sereines, pacifiques et créatives. Ces petits détails peuvent aller du zèle excessif d'une administration au manque quotidien de rigueur dans l'application des règles, perpétuant les conditions d'impunité et de corruption matérielle et intellectuelle.

Hélas, la confrontation avec la réalité nous rappelle que l'association culturelle Racines vient d'être dissoute par la justice marocaine

Malheureusement, la confrontation avec la réalité nous rappelle que l'association culturelle Racines a été dissoute, le 26 décembre 2018, par la justice marocaine. Le ministère de l'Intérieur lui reproche d'avoir hébergé, dans ses locaux, un programme qui dissèque les informations de manière satirique. Nos États ont tort de ne pas favoriser le soutien d’une société civile africaine libre et indépendante, à un travail de proximité permettant à tous les Africains de s’approprier un destin commun, pour une construction démocratique collective de notre continent. L'évaluation est un droit démocratique. Il doit être garanti pour tous les citoyens.

Forcés d’être optimistes, nous voudrions voir dans cette dissolution plus le zèle d’un fonctionnaire ou d’une administration désireux de punir la liberté d’expression en limitant la liberté d’association, plutôt que la vision politique liberticide de la société civile africaine.