Tunisie: cinq ans après, la famille d’un opposant tué veut « la vérité »

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La famille de l’opposant anti-islamiste tunisien Chokri Belaïd, assassiné il y a cinq ans jour pour jour, a de nouveau réclamé mardi la vérité sur son meurtre en jugeant que l’enquête avait été « superficielle ».

« Je demande la vérité, toute la vérité. Et je demande à ce que tous les commanditaires et les exécutants, et tous ceux qui sont en train de camoufler la vérité de plusieurs manières, (…) soient vraiment sanctionnés », a déclaré à l’AFP sa veuve, Basma Khalfaoui, en marge d’un rassemblement à sa mémoire.

Quand « on voit aujourd’hui (ce qui se passe) dans l’affaire du martyr Chokri Belaïd (…), on comprend qu’une partie de la justice et des juges ne fait pas son possible » pour faire toute la lumière, avait-elle dit lundi à la radio Mosaïque FM.

Une nouvelle audience dans le procès de l’assassinat, qui va de report en report depuis son ouverture, est prévue le 20 février.

Le 6 février 2013, Chokri Belaïd, 48 ans, figure de l’opposition aux islamistes d’Ennahdha alors au pouvoir, avait été tué par balles devant chez lui.

Sa mort avait choqué la Tunisie et constitué un tournant pour le pays en provoquant une profonde crise politique. L’assassinat du député Mohamed Brahmi quelques mois plus tard avait ensuite forcé Ennahdha à céder le pouvoir à un gouvernement de technocrates, juste après l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Mardi matin, les proches de Chokri Belaïd ainsi que des responsables politiques, comme la veuve de Mohamed Brahmi, Mbarka Aouinia, se sont rassemblés sur les lieux du crime pour rendre hommage à l’avocat assassiné. Des fleurs ont été déposées à l’endroit où il s’est effondré.

Des jihadistes ralliés au groupe extrémiste Etat islamique (EI) ont revendiqué son assassinat ainsi que celui de Mohamed Brahmi, et les autorités tunisiennes avaient annoncé en février 2014 la mort dans une opération antiterroriste de son assassin présumé, Kamel Gadhgadhi.

Mais ses proches jugent que des « zones d’ombre » persistent. 

Hamma Hammami, le porte-parole du Front populaire, coalition de partis de gauche dont faisait partie Chokri Belaïd, a qualifié le meurtre de « crime  d’État », en assurant que lors du procès, la défense avait démontré « l’implication de certaines parties de l’appareil de l’État, de certaines forces politiques qui gouvernent ou qui ont gouverné en 2013 ».

Les proches de Chokri Belaïd pointent du doigt les islamistes d’Ennahdha, qu’ils accusent de s’être au moins montrés « indulgents » avec le discours extrémiste violent qui s’était développé à l’époque.

Ennahdha s’en défend et rappelle avoir classé le mouvement salafiste jihadiste Ansar al-Charia, longtemps toléré, comme organisation terroriste après les assassinats.

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